Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame
La cathédrale Notre-Dame de Senlis, édifiée à partir de 1151 sous l’impulsion de l’évêque Pierre (1134-1151), est l’un des premiers monuments gothiques de France. Sa construction, financée principalement par les évêques malgré des revenus modestes, débuta simultanément aux extrémités est et ouest. En 1160, le portail central était achevé, et en 1191, la cathédrale — alors dépourvue de transept — fut consacrée. Sa petite taille (76 mètres) s’explique par la faiblesse financière du diocèse, contrastant avec les cathédrales voisines comme Beauvais.
Au XIIIe siècle, des modifications majeures furent apportées : vers 1240, la tour sud fut surmontée d’une flèche gothique à deux étages, et un transept fut ajouté, interrompu par des chapelles latérales. La cathédrale subit aussi des transformations après un incendie en 1504, financées par Louis XII et François Ier. Les voûtes furent surélevées de 6 mètres, et les façades du transept, œuvres des Chambiges (1520-1560), devinrent des chefs-d’œuvre du gothique flamboyant. La Révolution française endommagea le mobilier et les sculptures, restaurées au XIXe siècle.
Classée Monument Historique dès 1840, Notre-Dame de Senlis illustre l’évolution architecturale médiévale, du gothique primitif (portail de la Vierge, XIIe siècle) au flamboyant (façades du transept, XVIe). Son clocher sud, inspiré de Chartres, influença les « clochers senlisiens » de la région. La cathédrale abrite aussi un orgue historique (buffet de 1647) et des peintures des XVIIe et XVIIIe siècles, témoignant de son rôle culturel et religieux.
Les matériaux, des calcaires lutétiens locaux, furent choisis pour leur résistance, comme en témoigne la flèche intacte depuis 800 ans. La façade occidentale, austère mais puissante, contraste avec les façades richement sculptées du transept. À l’intérieur, la nef courte (23 mètres) et le chœur allongé (24 mètres de haut) créent une impression de verticalité, tandis que les chapelles rayonnantes, reconstruites au XIXe siècle, complètent l’ensemble.
La cathédrale fut aussi un centre musical majeur : son chapitre abritait une maîtrise renommée, dirigée par des maîtres comme Pierre Robert (futur sous-maître de Louis XIV) ou François Cosset. Les enfants de chœur y apprenaient le chant, l’orgue et la composition, perpétuant une tradition jusqu’à la Révolution. Aujourd’hui, elle reste un symbole du patrimoine religieux et artistique des Hauts-de-France.