Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame-du-Bourg
La cathédrale Notre-Dame-du-Bourg, située à Digne-les-Bains, est l’ancienne cathédrale du diocèse de Digne, classée monument historique dès 1840. Son style roman à nef unique, caractéristique du Sud-Est de la France, résulte de constructions étalées entre les XIe et XVe siècles. Bien que des légendes attribuent sa fondation à Charlemagne en 780, son clocher et ses vestiges les plus anciens ne remontent pas avant le XIe siècle. Elle fut victime de pillages (huguenots en 1560–1574) et de bombardements en 1591, entraînant le transfert du siège épiscopal à la cathédrale Saint-Jérôme.
Les fouilles archéologiques menées entre 1983 et 1994 ont révélé des strates historiques majeures : des tombes gallo-romaines du Ier siècle, deux mausolées du IIIe siècle, une première église paléo-chrétienne (IVe–Ve siècles), et deux basiliques successives du XIe siècle, dont une détruite par un incendie. Ces découvertes ont permis l’aménagement d’une crypte archéologique de 870 m2, ouverte au public en 2010, offrant un parcours à travers 2000 ans d’histoire religieuse et funéraire.
L’édifice, restauré dans les années 1980, allie patrimoine médiéval et création contemporaine. Son intérieur, initialement dépourvu de mobilier, a été réaménagé par l’artiste canadien David Rabinowitch, qui a conçu des vitraux abstraits en cives (verre soufflé coloré) et un cheminement symbolique incrusté au sol. Ces éléments dialoguent avec des vestiges anciens, comme un autel mérovingien en marbre blanc et des peintures murales tardo-médiévales. La cathédrale illustre ainsi la superposition des époques, du monde gallo-romain à l’art moderne.
Le bourg de Digne, distinct de la cité épiscopale au Moyen Âge, déclina à partir du XIVe siècle, tandis que la cathédrale restait un lieu de pouvoir. Les privilèges accordés au chapitre par les comtes de Provence (acte de 1221) et les interventions du roi René (transfert des foires dans la cité) soulignent son rôle central. Aujourd’hui, le monument incarne à la fois un héritage religieux, une mémoire archéologique et une dynamique culturelle contemporaine, avec des œuvres commandées par la ville pour enrichir son espace liturgique.
Les sources historiques mentionnent plusieurs acteurs clés, comme l’évêque Bertrand Ier de Turriers (cité en 1180) ou l’archéologue Gabrielle Démians d’Archimbaud, qui dirigea les fouilles des années 1980–1990. Ces recherches, couplées à des restaurations menées par l’architecte Francesco Flavigny, ont permis de préserver et de valoriser ce site, propriété de la commune. La cathédrale reste un témoignage exceptionnel de l’évolution architecturale et sociale de la Provence médiévale et moderne.