Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame et Saint-Privat
La cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Privat de Mende, située dans le centre-ville de Mende en Lozère, est un édifice gothique classé monument historique depuis 1906. Sa construction fut initiée en 1364 sous l’impulsion du pape Urbain V, originaire du Gévaudan, qui souhaitait « magnifier » la cathédrale avec un budget de 20 000 florins. Les travaux débutèrent sous la direction de Pierre Morel, maître-d’œuvre également impliqué dans la Chaise-Dieu, mais furent interrompus par la mort d’Urbain V en 1370 et la guerre de Cent Ans. L’édifice resta inachevé pendant soixante ans, avec une nef partiellement dressée et un chœur richement décoré grâce aux dons du pape, incluant des reliques et des objets liturgiques en vermeil.
La cathédrale fut achevée au XVe siècle, avec la consécration du maître-autel en 1467 par l’évêque Guy de La Panouse, puis la pose des vitraux par Guillaume Papillon en 1468. Au début du XVIe siècle, l’évêque François de La Rovère, neveu du pape Jules II, fit ériger deux clochers inégaux (84 m et 65 m) entre 1508 et 1512. La « Non-Pareille », une cloche légendaire de 10 tonnes fondue en 1516, devint un symbole de la cathédrale jusqu’à sa destruction en 1579 par le capitaine huguenot Matthieu Merle. Ce dernier, occupant Mende, fit fondre les cloches pour fabriquer des canons et incendia la cathédrale en 1581, épargnant seulement les clochers.
Reconstruite entre 1599 et 1605 sous l’épiscopat d’Adam de Heurtelou, la cathédrale fut restaurée sans ses anciens ornements, mais en respectant son plan gothique original. Au XVIIe siècle, l’évêque François-Placide de Baudry de Piencourt offrit des tapisseries d’Aubusson (1708) représentant la vie de la Vierge, tandis que les orgues, détruites par Merle, furent remplacées en 1653 par un buffet Renaissance dessiné par Jean Tiran. La cathédrale fut élevée au rang de basilique mineure en 1874, et son portail néo-gothique fut ajouté au XIXe siècle. Aujourd’hui, elle abrite une Vierge noire du XIIe siècle, des cryptes médiévales, et reste un lieu de culte actif et un symbole du patrimoine lozérien.
L’architecture de la cathédrale mêle des éléments gothiques (nef à nervures prismatiques, déambulatoire) et des reconstructions postérieures, comme le côté sud de la nef, reconstruit sans ornements après 1581. Les deux clochers, emblèmes de la ville, dominent le centre historique de Mende, entouré autrefois de châteaux et de remparts. Les cryptes, dont celle de saint Privat, témoignent de l’histoire religieuse du Gévaudan, tandis que les tapisseries, les orgues classées, et le battant de la « Non-Pareille » (conservé) rappellent son riche passé.
La cathédrale a également joué un rôle dans les conflits religieux des XVIe et XVIIe siècles. En 1579, Matthieu Merle, chef protestant, occupa Mende et détruisit partiellement l’édifice pour venger l’assassinat du baron Astorg de Peyre lors de la Saint-Barthélemy. La reconstruction qui suivit, bien que plus sobre, permit de préserver l’esprit gothique initial. Au XIXe siècle, des restaurations majeures, comme la rosace recréée par Émile Hirsch ou le portail occidental (1896-1906), redonnèrent à la cathédrale son éclat. Aujourd’hui, elle attire les visiteurs pour son patrimoine artistique, ses concerts classiques, et son installation sonore interactive (2017), transposant l’architecture en paysages sonores.