Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky
La cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, située 12 rue Daru à Paris, est la première église orthodoxe russe permanente construite pour la communauté russe de la capitale. Initiée en 1847 par le père Joseph Vassiliev, aumônier de l’ambassade de Russie, sa réalisation fut ralentie par des lenteurs administratives avant d’obtenir l’accord de Napoléon III. Financée par des souscriptions internationales et un don personnel du tsar Alexandre II (150 000 francs-or), elle incarna un projet œcuménique, attirant des dons de catholiques et protestants.
Consacrée le 11 septembre 1861 par l’archevêque Léonce de Réval, la cathédrale devint un foyer culturel russe à Paris, dédié à saint Alexandre Nevski, héros national. En 1896, le tsar Nicolas II et son épouse Alexandra s’y rendirent lors de leur visite en France. Transformée en cathédrale en 1922 sous l’archevêque Euloge, elle accueillit les Russes blancs exilés et une politique monarchiste. Ses fresques et icônes, comme celles de saint Marc et saint Jean sur l’iconostase, sont l’œuvre d’Eugraphe Sorokine (1821–1892).
Architecturalement, elle mêle les styles byzantin et moscovite, avec un plan en croix grecque et cinq bulbes dorés symbolisant le Christ et les quatre Évangélistes. La flèche centrale culmine à 48 mètres. La crypte, dédiée à la Très Sainte Trinité, fut restaurée entre 1955 et 1956 par Albert Alexandrovitch Benois et son épouse Marguerite, dans un style évoquant le XVIe siècle russe. Classée monument historique en 1981, elle fit l’objet de restaurations majeures à partir de 1996.
La cathédrale fut placée sous l’obédience du patriarcat de Constantinople en 1931, avant de réintégrer le Patriarcat de Moscou en 2019. Elle abrite aussi une paroisse francophone dans sa crypte, consacrée en 1863 mais officiellement dédiée à la communauté française en 1964. Lieu de baptêmes (comme celui de Gérard Depardieu en 2020), de mariages (Picasso et Olga Khokhlova en 1918) et d’obsèques (Kandinsky, Chaliapine, Nijinski), elle reste un symbole spirituel et culturel de la diaspora russe.
Son iconographie riche, incluant des toiles d’Alexeï Bogolioubov et des fresques de la crypte racontant la christianisation de la Russie, en fait un témoignage artistique majeur. Les architectes Roman Kouzmine et Ivan Strohm, membres de l’Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, lui donnèrent son identité unique, entre tradition slave et intégration parisienne. Aujourd’hui, elle reste un lieu vivant, mêlant patrimoine historique et pratique religieuse active.