Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Benoît
La cathédrale Saint-Benoît de Castres trouve ses origines dans une abbaye bénédictine fondée en 812 sous le nom de Bellecelle par Benoît d’Aniane, sur un terrain offert par le comte Ulfarius. Initialement prieuré dépendant d’Aniane, il obtient son autonomie en 819 sous la protection de Louis le Pieux, puis devient abbaye indépendante en 844. Les reliques de saint Vincent, apportées d’Espagne en 858, en font un lieu de pèlerinage, tandis que son influence favorise l’émergence de la ville de Castres autour du castrum protecteur. L’abbatiale romane, construite au XIe siècle avec un clocher-donjon encore visible aujourd’hui, est élevée au rang de cathédrale en 1317 par le pape Jean XXII, marquant la création du diocèse de Castres.
Durant les guerres de Religion, la cathédrale est détruite en 1567 par les huguenots. Sa reconstruction, ordonnée en 1568, tarde à démarrer en raison des conflits persistants. Ce n’est qu’après l’édit de Nantes (1599) que les travaux reprennent, avec une première cathédrale modeste à nef unique, achevée en 1609 mais endommagée lors des troubles du XVIIe siècle. En 1671, l’évêque Michel Tubeuf lance un ambitieux projet de reconstruction, confié d’abord à l’architecte toulousain Pierre Mercier, puis à Guillaume Cailhau. Les fonds manquants et les désaccords entre le chapitre et l’évêque entraînent des interruptions répétées. Le chœur, seul élément construit, est finalement consacré en 1718, mais la nef prévue — qui aurait fait de Saint-Benoît la plus grande cathédrale de France — ne verra jamais le jour.
La Révolution française supprime le diocèse en 1801, réduisant la cathédrale au statut d’église paroissiale. Au XIXe siècle, des réparations sont entreprises après l’effondrement partiel du mur occidental en 1918, causé par une explosion. Classée monument historique en 1953, elle abrite aujourd’hui un patrimoine artistique sauvé de la chartreuse de Saïx, dont des statues de marbre et un orgue de Théodore Puget (1922). Son architecture mêle des vestiges romans (le clocher) à un style baroque inachevé, témoignant des aléas de son histoire.
L’origine légendaire de l’abbaye remonte à trois nobles guerriers du VIIe siècle, convertis à la vie monastique sur les bords de l’Agout. Historiquement, son rôle fut à la fois spirituel — avec l’adoption de la règle bénédictine — et politique, comme en attestent les conflits avec les dominicains pour le contrôle de la basilique Saint-Vincent (XIIe–XVIe siècles). La cathédrale actuelle, bien que tronquée, reste un symbole du patrimoine religieux et architectural de l’Occitanie, marqué par les guerres, les réformes et les ambitions avortées.
Le clocher roman, séparé du corps de l’église par une rue, illustre cette discontinuité historique. Intégré au palais épiscopal au XVIIe siècle, il conserve des éléments du XIe siècle, comme son portail sculpté. À l’intérieur, la nef resserrée et le chœur décoré de trophées en bois doré contrastent avec la sobriété extérieure. Les travaux récents (2023–2024), incluant la restauration des peintures et des vitraux pour un coût de 4,2 millions d’euros, soulignent l’enjeu de préservation de ce monument hybride, à la fois cathédrale fantôme et témoin des mutations religieuses et urbaines de Castres.