Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Érasme
La pro-cathédrale Saint-Érasme de Cervione, située en Haute-Corse, est un édifice baroque construit entre 1714 et 1745 à l’emplacement d’une première cathédrale érigée à partir de 1578 sous l’épiscopat de Monseigneur Alexandre Sauli. Ce dernier, évêque d’Aléria, initia sa construction après avoir rasé une ancienne église modeste. L’édifice actuel, de plan en croix latine, se distingue par sa nef à trois vaisseaux, son transept voûté en berceau, et une coupole elliptique surmontée d’un lanternon. Classée monument historique en 1928, elle fut le siège du diocèse d’Aléria jusqu’à sa suppression en 1802.
La cathédrale connut plusieurs campagnes de restauration majeures : en 1770, elle était déjà en mauvais état ; au début du XIXe siècle, les peintres Giavarini et Giordani ornèrent l’intérieur de fresques (1828) ; en 1858, la coupole, effondrée en 1855, fut reconstruite grâce à une souscription incluant l’impératrice Eugénie. En 1896, la balustrade en bois du chœur fut remplacée par une version en marbre, œuvre du marbrier Boni. Son architecture, inspirée des églises jésuites italiennes comme celle de Cambrai, mêle sobriété extérieure et richesse baroque intérieure, avec des chapelles dédiées à des saints locaux comme Alexandre Sauli ou Lucie.
L’orgue, transféré entre 1797 et 1861 depuis le couvent Saint-François de Campulori, fut restauré en 1971 par Barthélemy Formentelli, qui y ajouta des jeux typiques comme une cornemuse et un rossignol. La cathédrale abrite aussi des œuvres notables, dont un tableau de Saint Michel terrassant le démon (copie d’une œuvre romaine du XVIIe siècle) et une Descente de Croix dans la salle catéchisme. Son clocher, jugé remarquable par Prosper Mérimée, et sa coupole aux pendentifs peints des quatre évangélistes en font un joyau du patrimoine corse.
L’histoire de la cathédrale est liée à des épisodes marquants, comme la protection miraculeuse attribuée à Alexandre Sauli en 1584, lorsque ses prières auraient dispersé une flotte de corsaires barbaresques menaçant Cervione. L’édifice reflète aussi les influences génoises et italiennes, visibles dans sa couverture en ardoises disposées en génératrices ou son dôme inspiré des modèles ligures. Aujourd’hui, elle reste l’une des plus grandes églises de Corse, témoin de l’histoire religieuse et artistique de l’île.
Les matériaux locaux, comme le marbre bleu et blanc de Brando (pavage de 1853), et les dons de notables (comme le baptistère offert par Toussaint Caneri) illustrent son ancrage communautaire. Les stalles du chœur (1750), le trône épiscopal, et les statues en bois polychrome (dont Notre-Dame du Rosaire) complètent un ensemble où se mêlent dévation populaire, art baroque, et mémoire des luttes contre les pirates méditerranéens.