Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Étienne
La cathédrale Saint-Étienne d'Auxerre, située dans l’Yonne en Bourgogne-Franche-Comté, est un édifice gothique dont la construction s’étala du 4e quart du XIe siècle au XVIe siècle. Elle succède à quatre sanctuaires antérieurs, dont une église romane du XIe siècle détruite par un incendie en 1023, dont subsiste aujourd’hui la crypte. L’édification gothique débuta en 1215 sous l’impulsion de l’évêque Guillaume de Seignelay, mais les travaux, ralentis par les guerres (Cent Ans, Religion) et des problèmes financiers, s’échelonnèrent sur plus de trois siècles. La nef, le chœur (achevé vers 1235), et les vitraux du déambulatoire (XIIIe siècle) illustrent cette lente évolution stylistique, mêlant gothique primitif, rayonnant et flamboyant.
Le chantier fut marqué par des phases clés : la pose des vitraux du déambulatoire (1250), la construction du croisillon sud du transept (1300–1320), et l’achèvement tardif de la tour nord (1543), seule réalisée des deux tours prévues. Les guerres de Religion (1567) endommagèrent l’édifice, notamment ses statuaires et verrières, partiellement restaurées sous l’évêque Jacques Amyot (1576). La Révolution (1790) transforma la cathédrale en Temple de la Raison, détruisant mobilier et orfèvrerie, mais épargnant les vitraux, trop coûteux à remplacer. Classée Monument Historique dès 1840, elle bénéficia de restaurations majeures aux XIXe et XXe siècles, notamment par Viollet-le-Duc (1844–1848) pour la crypte.
L’architecture de Saint-Étienne reflète ces strates historiques : un chœur gothique lancéolé (XIIIe siècle), une nef rayonnante (XIVe siècle), et des façades flamboyantes (XVe–XVIe siècles). Ses vitraux (XIIIe–XVIe siècles), parmi les mieux conservés de France avec ceux de Chartres, narrent des scènes bibliques et des vies de saints. La crypte romane (XIe siècle), aux fresques énigmatiques (Christ cavalier, anges), et la tour nord (68 m), unique achevée, symbolisent ce patrimoine composite. Le trésor, les orgues (XIXe siècle), et les cloches (XIXe siècle) complètent cet ensemble, toujours en restauration depuis 2001.
La cathédrale s’inscrit dans un ensemble canonial médiéval, incluant l’ancienne église Notre-Dame-de-la-Cité (IIIe siècle), le palais épiscopal (aujourd’hui préfecture), et des maisons canoniales (XVe–XVIIIe siècles). Ce quartier, cœur religieux et politique d’Auxerre, illustre l’évolution urbaine autour du pouvoir épiscopal. Les destructions révolutionnaires et les restaurations ultérieures ont préservé ce témoignage majeur de l’art sacré bourguignon, où se mêlent influences parisiennes (rosaces, portails) et particularismes locaux (vitraux, statuaire).