Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Étienne
La cathédrale Saint-Étienne de Sens, située dans l’Yonne en Bourgogne-Franche-Comté, est l’une des premières églises gothiques de la chrétienté, construite dès 1130-1135 sous l’impulsion de l’archevêque Henri Sanglier. Son architecture révolutionnaire, marquée par des voûtes sexpartites et des arcs-boutants, en fait un modèle pour les cathédrales ultérieures comme Notre-Dame de Paris. Consacrée en 1164 par le pape Alexandre III, elle symbolise la puissance de l’archidiocèse de Sens, alors primat des Gaules, et son rayonnement spirituel et politique.
La construction s’étend sur quatre siècles, avec des ajouts majeurs comme le transept gothique flamboyant (1490-1517) conçu par Martin Chambiges, ou la tour sud achevée en 1534. La cathédrale est aussi le théâtre d’événements historiques, tels le mariage de Saint Louis en 1234 ou l’accueil de Thomas Becket en exil. Son trésor inclut des vitraux du XIIIe siècle, des sculptures remarquables comme le monument funéraire des Salazar, et deux bourdons médiévaux, la Savinienne et la Potentienne, rares survivants des destructions révolutionnaires.
Classée Monument Historique dès 1840, la cathédrale a subi des restaurations après les dégradations de la Révolution, qui ont vu disparaître son labyrinthe, ses dalles funéraires et une partie de sa statuaire. Son palais archiépiscopal adjacent, aujourd’hui musée, et la salle synodale restaurée par Viollet-le-Duc témoignent de son rôle central dans la vie religieuse et judiciaire médiévale. Les matériaux de construction, comme le calcaire lutétien importé de Paris, soulignent l’ambition et les ressources mobilisées pour ce chantier.
La façade occidentale, avec ses trois portails dédiés à saint Jean-Baptiste, saint Étienne et la Vierge, illustre l’évolution de la sculpture médiévale. Le portail central, rescapé d’un effondrement en 1268, oppose les vierges sages et folles, tandis que les rosaces du transept, comme celle du Concert céleste (62 anges musiciens), sont des joyaux de l’art verrier. La nef, large et lumineuse, et le chœur aux chapelles rayonnantes reflètent les innovations gothiques, malgré des aménagements ultérieurs comme le jubé du XVIIIe siècle.
La cathédrale abrite aussi des tombes royales, dont celle du dauphin Louis (1765) et de son épouse Marie-Josèphe de Saxe, parents de Louis XVI, sculptée par Guillaume Coustou. Ces éléments, associés à son orgue historique (XVe-XVIIIe siècles) et à ses vitraux narratifs (paraboles, vie des saints), en font un lieu de mémoire et de patrimoine exceptionnel. Son influence s’étend jusqu’à Canterbury, où Guillaume de Sens dirige les travaux après l’incendie de 1174, diffusant ainsi le style gothique en Angleterre.