Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Fulcran
La cathédrale Saint-Fulcran de Lodève, située dans l’Hérault en région Occitanie, est un édifice emblématique du gothique méridional. Construite entre la fin du XIIIe et le début du XIVe siècle, elle remplace plusieurs édifices antérieurs, dont une cathédrale romane consacrée en 975 par l’évêque Fulcran. Ce dernier, figure majeure du diocèse au Xe siècle, a marqué l’histoire locale par ses réformes et la redécouverte de ses reliques en 1198, renforçant son culte.
Le diocèse de Lodève, héritier de la civitas Lutevensis romaine, a connu des périodes troubles, notamment sous les Wisigoths, les Francs, puis les Arabes avant d’être intégré au marquisat de Gothie après 759. La cathédrale actuelle, classée monument historique dès 1840, fut partiellement détruite en 1573 pendant les guerres de Religion, quand les protestants firent sauter les piliers de la nef. Reconstruite au XVIIe siècle, elle conserve des éléments médiévaux comme son clocher du XIIIe siècle et une crypte remontant à l’époque carolingienne ou wisigothique.
La construction gothique s’étala sur plusieurs phases, financées par les évêques comme Guillaume de Caselles (XIIIe siècle), qui réorganisa les droits diocésains pour lever des fonds. Le chœur et l’abside, terminés vers 1280, précèdent la nef et les chapelles latérales, ajoutées au XIVe siècle. Le portail nord et la chapelle Saint-André, remplaçant une église paroissiale en ruines, datent de cette période. Les travaux furent interrompus par la Peste noire et la Guerre de Cent Ans, avant d’être repris aux XVe et XVIe siècles avec l’achèvement de la façade fortifiée et des vitraux.
Saint Fulcran, initialement associé à saint Geniès (premier patron de la cathédrale, martyr du IIIe siècle), devint le patron principal au XVIIe siècle. Son culte, promu pour contrer les thèses cathares, fut officialisé par le pape Nicolas IV en 1290. La cathédrale, aujourd’hui église paroissiale, abrite un mobilier remarquable des XVIIe–XIXe siècles, dont des stalles, un maître-autel en marbre (1757), et des toiles monumentales. Les restaurations des XIXe–XXe siècles ont préservé son architecture, malgré les destructions révolutionnaires et les vols récents d’objets liturgiques.
Le clocher, haut de 57 mètres, servit aussi de tour de guet. Il est orné de statues des saints locaux (Fulcran, Geniès, Michel). La cathédrale illustre ainsi l’évolution d’un lieu de pouvoir épiscopal, marqué par les conflits religieux, les reconstructions, et une identité architecturale mêlant gothique méridional et adaptations défensives. Son histoire reflète aussi les tensions entre évêques et bourgeois, comme lors de l’assassinat de l’évêque Pierre Frotter en 1207 par des citoyens réclamant plus d’autonomie.