Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Gatien
La cathédrale Saint‑Gatien de Tours, dédiée à saint Gatien, premier évêque de la cité, est le siège de l'archidiocèse de Tours et la cathédrale métropolitaine de sa province ecclésiastique ; elle est située dans le Vieux‑Tours et classée au titre des monuments historiques depuis la liste de 1862. Elle succède à la première cathédrale Saint‑Maurice, édifiée sous l'épiscopat de Lidoire (337‑371), incendiée en 561, restaurée par Grégoire de Tours et dédiée en 590. La construction de l'édifice actuel s'étend de 1170 à 1547 et remplace l'ancien bâtiment roman ; les travaux ont commencé par le croisillon sud et les tours dès 1170. Le chœur, daté traditionnellement entre 1236 et 1279, a fait l'objet d'études récentes proposant des parties basses vers 1220‑1230 et la pose de la charpente des vitraux du triforium vers 1245‑1255, contribuant à l'affirmation d'un style ligérien au sein du gothique. La nef, entamée par Simon du Mans après la reconstruction du transept, progresse lentement : six travées, bas‑côtés et chapelles datent du XIVe siècle, tandis que les deux premières travées remontent au XIIe siècle ; elle est achevée au XVe siècle grâce aux interventions d'architectes tels que Jean de Dammartin, Jean Papin et Jean Durand, soutenus par des libéralités royales et ducales. La façade monumentale, élevée du début du XVe au milieu du XVIe siècle, achève le grand projet de reconstruction ; elle se distingue par son parti élancé et l'opulence de sa sculpture, reflet du gothique flamboyant, et l'essentiel des choix architecturaux retenus entre 1430 et 1470 est dû à Jean de Dampmartin. De nombreuses statues des piédroits furent détruites lors des guerres de religion de 1562 ; les tours, quant à elles, sont élevées au début du XVIe siècle : la tour nord, attribuée à Pierre de Valence, date de 1507, et la tour sud, attribuée à Pierre Gadier, est datée de 1534‑1547. La cathédrale illustre un ensemble stylistique complet du XIIe au XVIe siècle : bases et contreforts des tours d'inspiration romane, ornementation gothique rayonnante et flamboyante, et sommets des tours dans un style de transition proche de la Renaissance. Ses dimensions sont imposantes : 100 m de longueur, 28 m de largeur, 46 m d'ouverture au transept, 29 m de hauteur sous les voûtes (11 m sous les bas‑côtés) ; les tours culminent à environ 68 et 69 m. L'ensemble vitré constitue un des trésors de la cathédrale : les vitraux du déambulatoire et les verrières hautes du chœur forment un ensemble de verrières à médaillons du XIIIe siècle parmi les plus complets et intacts d'Europe ; s'y ajoutent deux roses du transept (XIVe siècle), des verrières de la nef et de la façade (XVe siècle) et d'autres panneaux provenant d'églises disparues, acquis par le chapitre à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle et aujourd'hui principalement présentés dans le déambulatoire. L'atelier Lobin a restauré et remonté ces vitraux entre 1841 et 1863 ; certains panneaux rejetés ont été vendus sur le marché de l'art, un ensemble sur la Création ayant été racheté en 1916 et replacé dans une chapelle latérale sud, tandis que d'autres morceaux ont été identifiés dans des musées américains. Lors de la restauration du bras nord du transept lancée en 2009, quatre grandes fenêtres furent dotées de verrières contemporaines à la suite d'un concours de 2011 ; le projet retenu, centré sur la thématique de saint Martin, a été réalisé par Gérard Collin‑Thiébaut et le maître‑verrier Pierre‑Alain Parot. Le mobilier conserve notamment le tombeau en marbre de Carrare de deux enfants de Charles VIII et d'Anne de Bretagne, attribué à l'école de Michel Colombe avec un soubassement de Girolamo Paciarotto ; ce monument provenait de la collégiale Saint‑Martin en 1506, fut démantelé à la Révolution, remonté à Saint‑Gatien en 1814 et restauré en 1834. La cathédrale possédait quatre tapisseries d'Aubusson du XVIIe siècle, classées en 1892 et volées dans la nuit du 27 au 28 mars 1903 par Alexandre Jacob. Depuis 2011, un grand tabernacle du XVIIe siècle en chêne plaqué d'ébène et d'ivoire, provenant d'une chartreuse puis d'un carmel et passé par le domaine de Chambord, a été transféré, rénové et installé dans une chapelle du déambulatoire avec soubassement et grille de protection. La polychromie murale a été révélée par la découverte de peintures dans la chapelle de la Vierge en 1873 et par des sondages archéologiques en 1993 : des couches successives attestent un fond en chaux blanche puis un fond ocre jaune à faux‑joints clairs, des filets noirs, des décors floraux rouge et vert à applications métalliques à la fin du Moyen Âge, puis des repeints modernes — notamment l'intervention de l'Italien Borrany en 1787 et un blanchissage en 1844 ; lors de la restauration du chœur en 1994, la volonté a été de restituer la polychromie la plus ancienne, à fond ocre et faux‑joints clairs. Le buffet d'orgues, traditionnellement attribué à un don de l'archevêque Martin de Beaune au XVIe siècle sans documentation, est placé sur une tribune en bois au fond du bras sud du transept ; il a été endommagé pendant les guerres de religion, restauré et en partie reconstruit autour de 1620, et son buffet actuel conserve le style de cette époque, tandis que le nombre exact de jeux et de tuyaux reste inconnu. La tour sud abrite une sonnerie de quatre cloches : Christus (Do3, 1 900 kg, fondu en 1749 par Nicolas Mutel et Nicolas Barret), Maurice (Ré3, 1 350 kg, fondu en 1864 par Bollée père et fils), Gatien (Mi3, 980 kg, fondu en 1864 par Bollée père et fils) et Martin (Si♭3, 310 kg, datée du XIVe siècle) ; la cloche Christus provient de l'abbaye Saint‑Paul de Cormery et, après des épisodes de résistance locale aux réquisitions révolutionnaires et un transfert, elle fut installée dans la cathédrale en 1807. Au nord de la cathédrale se trouve le cloître de la Psalette, de style Renaissance et classé en 1889, et, plus au nord d'environ 350 m, des vestiges de thermes gallo‑romains mis au jour lors des fouilles de 1974‑1978 sous les fondations du château de Tours ; au sud, l'ancien palais de l'archevêque, bâti au début du XVIIIe siècle, abrite désormais le Musée des Beaux‑Arts de Tours.