Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste
La cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Perpignan, édifiée entre 1324 et 1509, remplace une église romane du XIIe siècle, Saint-Jean-le-Vieux, toujours visible à son flanc nord. Initiée sous le règne de Sanche de Majorque, alors que Perpignan était capitale du royaume, sa construction fut ralentie par la peste noire (1348) et les bouleversements politiques. Le chantier ne reprit qu’au XVe siècle sous l’impulsion de l’évêque Jérôme d’Ocon et de l’architecte Guillem Sagrera, qui modifièrent le plan initial pour adopter une nef unique, typique du gothique méridional.
Consacrée en 1509 après 185 ans de travaux, la cathédrale devint siège épiscopal en 1602, transférant le diocèse d’Elne vers Perpignan. Son architecture allie massivité (nef de 18 m de large, voûtes à 26 m) et sobriété, avec des matériaux locaux : galets de la Têt, briques, et pierre de Baixas. Le cloître-cimetière adjacent, le Campo Santo (XIVe siècle), est l’un des plus anciens de France. La cathédrale abrite aussi des retables remarquables, comme celui de Notre-Dame-de-la-Mangrana (XVIe siècle), et un orgue dont le buffet gothique flamboyant date de la fin du XVe siècle.
Le Dévot-Christ, sculpture en bois du XIVe siècle d’origine rhénane, est un joyau de la cathédrale. Découvert en 1952 avec des reliques datées de 1307, il fut longtemps vénéré lors de la procession de la Sanch jusqu’en 1988. Le carillon de 46 cloches (1878), classé Monument historique, et le bourdon de 1418 (5 tonnes) soulignent son rôle culturel et religieux. Malgré le vol de 80 % de son trésor liturgique en 2007, la cathédrale reste un symbole du patrimoine occitan, célébrant en 2024 ses 700 ans.
L’ensemble cathédral comprend aussi la chapelle du Dévot-Christ (1534), l’ancien palais épiscopal, et les vestiges du Campo Santo, partiellement restauré en 1991. Les matériaux — brique, galets, pierre — et les techniques (mortier de ciment moulé pour les remplages) reflètent les savoir-faire locaux. La façade occidentale, rythmée par des arcs de décharge en brique, illustre l’alliance typique du Roussillon entre simplicité et robustesse.
Les orgues, dont celui de Cavaillé-Coll (1854-1857) installé dans un buffet gothique hispanique, et les retables baroques (comme celui de Sainte Julie de Corse, 1675-1682) témoignent de son enrichissement artistique aux XVIIe et XIXe siècles. La cathédrale, classée Monument historique en 1906, incarne aujourd’hui à la fois un lieu de culte actif et un patrimoine architectural majeur de l’Occitanie, marqué par les influences catalanes et méditerranéennes.