Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste
La cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Maurienne, située en Savoie, est un monument emblématique dont l’histoire remonte au VIe siècle. Selon Grégoire de Tours, son origine est liée à une légende : une femme de Maurienne aurait ramené une relique de saint Jean-Baptiste après un pèlerinage en Orient, conférant à la ville une importance religieuse majeure. Cette légende, enrichie au fil des siècles, évoque notamment Tigre (ou Thècle), une noble ayant rapporté des reliques, et explique la fondation de l’évêché de Maurienne sous le règne du roi burgonde Gontran (561-592), qui cherchait à affranchir la région de l’influence de l’évêque de Turin.
La cathédrale actuelle fut reconstruite au XIe siècle après les destructions causées par les Sarrasins aux VIIIe et Xe siècles. Deux chartes, datées de 1040/1041 et 1075, attestent de sa reconstruction en style roman, incluant une crypte abritant les reliques. La crypte, redécouverte en 1958, révèle des éléments architecturaux remontant peut-être au VIIe siècle, réaménagés aux XIe et XIVe siècles. La cathédrale, de plan basilical à trois nefs, fut voûtée en bois, avec des chapiteaux et des sculptures carolingiennes réutilisés.
Au XVe siècle, la cathédrale subit d’importantes transformations sous l’impulsion du cardinal d’Estouteville. Les voûtes romanes furent remplacées par des voûtes gothiques en bois, et le chœur fut allongé d’une travée droite se terminant par une abside à cinq pans. La chapelle Sainte-Thècle, restaurée par l’évêque Amédée de Montmayeur, devint un lieu de sépulture épiscopale. Le cloître gothique, construit entre 1450 et 1499, relia la cathédrale au réfectoire des chanoines. Ces travaux furent financés grâce à des indulgences accordées par l’antipape Jean XXIII dès 1410 et à des dons royaux.
Les XVIIe et XVIIIe siècles virent l’ajout de chapelles latérales, dont celle de Saint-Joseph en 1535, et la construction d’une nouvelle sacristie en 1740. Le porche, érigé au XVIIIe siècle après la suppression du cimetière attitré, abrite un monument dédié aux premiers comtes de Savoie, dont Humbert aux Blanches-Mains. La Révolution française endommagea partiellement la cathédrale, notamment en détruisant sa flèche de 80 mètres. Des restaurations furent entreprises au XIXe siècle sous la direction de l’architecte Ernesto Melano, avec des fresques ajoutées par les frères Vicario en 1831-1832.
Au XXe siècle, des fouilles archéologiques (1958-1976) permirent de redécouvrir et restaurer la crypte romane, comblée depuis le XVe siècle. Ces travaux révélèrent des éléments carolingiens et des chapiteaux du XIe siècle, confirmant l’ancienneté du site. La cathédrale, classée monument historique en 1906, conserve aujourd’hui une charpente du XIe siècle, des stalles gothiques, et un reliquaire abritant trois doigts de saint Jean-Baptiste, témoignages de son riche passé religieux et architectural.
La légende de la fondation de l’évêché, mêlant histoire et mythes, illustre l’importance stratégique et spirituelle de Saint-Jean-de-Maurienne. De la relique miraculeuse rapportée par une femme anonyme aux conflits entre Gontran et l’évêque de Turin, en passant par les reconstructions médiévales et les embellissements gothiques, la cathédrale incarne près de quinze siècles d’histoire savoyarde et chrétienne.