Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur
La cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne, située dans l’Aude en Occitanie, est un monument gothique méridional dont la construction débuta en 1272 sous l’impulsion du pape Clément IV, ancien archevêque de la ville. Elle remplace une série d’édifices religieux remontant au IVe siècle, incluant une basilique constantinienne, une église wisigothique, et une cathédrale carolingienne. Son chœur imposant (40 m de large, 60 m de long) fut achevé en 1332, mais la nef et le transept restèrent inachevés en raison de conflits politiques, de la guerre de Cent Ans, et de crises comme la peste noire (1348).
Le chantier, dirigé par des maîtres d’œuvre comme Jean Deschamps et Jacques de Fauran, fut marqué par des innovations architecturales : voûtes à 41 m de hauteur (4e de France), arcs-boutants à double volée, et terrasses fortifiées. Cependant, l’opposition des consuls de Narbonne, propriétaires des remparts antiques, bloqua l’extension du transept dès 1345. Un procès de huit ans opposa le chapitre et la ville, aboutissant à un compromis en 1361 : la cathédrale resterait inachevée, mais le cloître (1349–1417) pourrait être adossé aux fortifications.
Trois tentatives de finalisation échouèrent aux XVe, XVIIIe et XIXe siècles. Au XVIIIe, l’archevêque Charles Le Goux de La Berchère ajusta des chapelles extérieures (bâtiment Saint-Eutrope), tandis qu’en 1840, Viollet-le-Duc proposa un porche fortifié avant d’abandonner le projet. Classée Monument Historique dès 1840, la cathédrale abrite un orgue exceptionnel (1742), des retables médiévaux, et des reliques comme celles de saint Martin. Son inachèvement en fait un témoignage unique des tensions entre pouvoir ecclésiastique et municipal au Moyen Âge.
L’édifice intègre des éléments hétéroclites : le clocher carolingien de Théodard (890), un cloître gothique aux gargouilles flamboyantes, et une cour Saint-Eutrope marquant l’emplacement du transept avorté. Les chapelles absidales, comme celle de Notre-Dame-de-Bethléem, conservent des œuvres majeures, dont un retable polychrome du XIIIe siècle et une Vierge en albâtre du XIVe. Le trésor renferme des pièces rares, comme une pyxide arabe du XIe siècle ou une croix carolingienne en ivoire.
Symbole de la puissance archiépiscopale, Narbonne fut un siège métropolitain dès le IIIe siècle, élevant deux papes (Clément IV et Clément VII). La cathédrale, cocathédrale du diocèse de Carcassonne depuis 1801, illustre aussi le déclin économique de la ville après l’ensablement de son port fluvial. Aujourd’hui, son carillon de 36 cloches (1931) et son orgue, parmi les plus grands de France, animent une vie liturgique et culturelle préservée par les Petits Chanteurs de Narbonne.