Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Luperc
La cathédrale Saint-Luperc d'Eauze, située dans le Gers en Occitanie, est un édifice emblématique du gothique méridional, construit entre 1467 et 1521 sous l’impulsion du prieur Jean Marre. Elle remplace des églises antérieures, dont une première cathédrale probablement édifiée sur les thermes romains d’Elusa (nom antique d’Eauze), ville administrative majeure de la Novempopulanie dès le IIIe siècle. Le diocèse d’Eauze, attesté dès 314 avec l’évêque Mammertimus au concile d’Arles, disparut au IXe siècle après les invasions vikings, son titre métropolitain étant transféré à Auch en 879.
L’église actuelle, à nef unique et chœur polygonal, intègre des chapelles latérales et des clés de voûte sculptées. Sa construction fut suivie de restaurations majeures entre 1860 et 1878, incluant des vitraux refaits par Jean-Baptiste Anglade, et la révélation en 1972 de pierres romaines réemployées. Le site, lié au culte précoce de saint Luperc (Ve siècle), montre une christianisation superposée aux cultes païens (Mithra, Cybèle), typique des villes romaines militarisées. L’inscription « Hic est Sedes » (ici est le siège), disparue en 1798, suggérait l’emplacement originel de l’évêché.
Le monument, classé Monument Historique en 1945, conserve des traces de son passé tumultueux : destructions en 1569 (guerres de Religion), reconstruction partielle du prieuré bénédictin en 1732, et modification du clocher (tour octogonale) en 1721. Les vitraux anciens, partiellement attribués à Arnaud de Moles ou Laurens d’Agen (1520), côtoient des peintures absidiales représentant le Christ pantocrator et des scènes bibliques. L’édifice illustre ainsi la stratification historique d’Eauze, de l’Antiquité à l’époque moderne.
Le culte de saint Luperc, militaire romain converti et martyr vers 250, s’inscrit dans une stratégie de christianisation réutilisant les symboles païens. Son nom évoque les Lupercales, fête romaine de la fertilité, tandis que sa légende (écrite seulement au Xe siècle) le lie à un monastère fondé en 980 sur la colline dominant la cité antique. Ce syncrétisme religieux, courant dans l’Empire tardif, est attesté par des stèles et autels païens réemployés dans les murs de l’église.
Architecturalement, la cathédrale mêle briques et pierres, avec une nef étroite (10,70 m) contrastant avec sa hauteur (21,65 m), héritage probable d’une église à trois nefs antérieure. Les restaurations du XIXe siècle, bien que controversées (enduit intérieur enlevé en 1972), ont préservé des éléments gothiques comme les contreforts à chapelles et les voûtes à clés sculptées. Le porche d’entrée, ajouté vers 1830, et le comble « à l’impériale » (1721) témoignent des adaptations successives.
Aujourd’hui, la cathédrale Saint-Luperc reste un symbole du patrimoine gascon, mêlant histoire romaine, médiévale et moderne. Son mobilier (tableaux, statues) et ses vitraux, partiellement classés à l’inventaire Palissy, en font un lieu de mémoire et de culte toujours actif, malgré la disparition du diocèse originel.