Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Pierre
La cathédrale Saint-Pierre de Lisieux, située dans le Calvados en Normandie, est un chef-d’œuvre du gothique normand, construit entre le XIIe et le XVe siècle. Elle succède à au moins deux édifices antérieurs, dont une cathédrale romane reconstruite au XIe siècle après des raids vikings. L’évêque Arnoul (1141–1181), proche de Suger, lance sa reconstruction vers 1160–1170, introduisant précocement en Normandie des innovations gothiques comme les voûtes d’ogives et les arcs-boutants. La nef, austère et inspirée du style francilien, contraste avec le chevet du XIIIe siècle, marqué par un gothique normand plus élancé.
La cathédrale subit des agrandissements aux XIVe et XVe siècles, avec l’ajout de douze chapelles de style flamboyant le long des bas-côtés. L’évêque Pierre Cauchon (1432–1442), connu pour son rôle dans le procès de Jeanne d’Arc, y est inhumé après avoir reconstruit la chapelle axiale du chœur, remarquable par ses verrières et sa profondeur. En 1553, l’effondrement de la tour sud entraîne sa reconstruction dans un style mêlant gothique flamboyant et Renaissance. Les vitraux médiévaux, remplacés au XVIIe siècle, sont partiellement restaurés aux XIXe et XXe siècles par des ateliers comme Gsell-Laurent.
Classée monument historique dès 1840, la cathédrale abrite deux orgues d’Aristide Cavaillé-Coll (1871 et 1870), dont celui de tribune, classé à son tour en 1972. Bien que réduite au rang d’église paroissiale après la Révolution, elle reste un lieu de mémoire lié à sainte Thérèse de Lisieux, qui y assistait aux offices. Son architecture, alliant sobriété extérieure et richesse intérieure (triforium, chapiteaux sculptés), témoigne des évolutions stylistiques normandes, des origines romanes à l’apogée gothique.
Les bombardements de 1944 épargnent miraculeusement l’édifice, faisant de lui un rare vestige lexovien médiéval. Aujourd’hui, la cathédrale coexiste avec la basilique Sainte-Thérèse (XXe siècle), bien que cette dernière, de style byzantin, ne doit pas être confondue avec le monument gothique. Les traces de peintures murales et les chapiteaux à feuillages rappellent un intérieur jadis polychrome, tandis que les gisants d’évêques, comme celui de Guillaume de Rupierre (†1201), illustrent son rôle funéraire.
Le plan de l’édifice, reprenant celui de la cathédrale romane, comprend une nef de huit travées, un transept à bas-côtés (disposition rare en Normandie), et un chœur à déambulatoire. La tour-lanterne, typique des églises normandes, domine l’ensemble aux côtés des deux tours de façade, dont celle du nord, élancée, date du XIIIe siècle. L’absence de statues sur les portails, remplacée par des motifs géométriques, souligne la sobriété caractéristique de l’art normand.