Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Pierre
La cathédrale Saint-Pierre de Maillezais trouve ses origines au Xe siècle, lorsque la comtesse Emma de Blois, épouse du duc d’Aquitaine, découvre les ruines d’une chapelle Saint-Hilaire sur l’île sauvage de Maillezais. En 976, elle y fonde un monastère bénédictin, rattaché d’abord à Saint-Julien de Tours puis à Cluny en 1057. L’abbaye, enrichie par des dons et des terres, devient un lieu de couronnement et de sépulture des ducs d’Aquitaine, comme Guillaume le Grand en 1030. Elle joue aussi un rôle clé dans les premiers assèchements du Marais poitevin au XIe siècle, notamment via le canal des Cinq-Abbés (1217).
En 1317, l’abbaye est élevée au rang de cathédrale, siège de l’évêché de Maillezais jusqu’en 1648. Le monument, reconstruit en style gothique angevin, subit de nombreux dommages : incendie en 1082, destructions par Geoffroy de Lusignan (XIIIe siècle), pillages pendant les guerres de Religion (1562), et ruine partielle après un assaut en 1587. Au XVIe siècle, l’évêque Geoffroy d’Estissac, protecteur de Rabelais, fait reconstruire le chœur. Abandonnée en 1666, la cathédrale est vendue comme bien national en 1791 et démantelée au XIXe siècle pour ses pierres.
Aujourd’hui, il ne reste que des vestiges classés Monument Historique depuis 1924 : les tours-clochers, le mur nord de la nef, le transept, et des bâtiments conventuels (réfectoire, dortoir, cuisine octogonale). Le site, propriété du département de la Vendée depuis 1996, fait l’objet de fouilles et de restaurations. Son histoire est aussi liée à la légende de Mélusine, dont un fils, Fromont, aurait été moine à Maillezais, et un autre, Geoffroy à la Grand Dent, l’aurait incendiée.
L’abbaye illustre les transitions architecturales (roman → gothique) et les bouleversements politiques (guerres de Religion, Révolution). Son déclin reflète celui des institutions ecclésiastiques en Poitou, tandis que ses ruines témoignent de son passé prestigieux, entre pouvoir ducal, influence clunisienne et rôle dans l’aménagement du marais.
Les fouilles récentes ont révélé des éléments du cloître et de l’hôtellerie (XIVe siècle). Le site, long de 105 m à l’origine, culminait à 60 m (contre 25 m aujourd’hui). Son canal, ses remparts et ses liens avec Rabelais ou Agrippa d’Aubigné (gouverneur sous Henri IV) en font un monument emblématique du patrimoine vendéen.