Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Pierre
La cathédrale Saint-Pierre de Moûtiers, située dans la vallée de la Tarentaise en Savoie, fut initialement construite au XIe siècle pour remplacer une cathédrale plus ancienne, mentionnée dès 450 comme rattachée à la métropole de Vienne. Une lettre du pape Léon et une homélie de saint Avit (517-525) attestent de sa reconstruction par l'évêque Sanctus, après qu’une première cathédrale devint trop exiguë. Des fouilles du XIXe siècle révélèrent un baptistère circulaire près du chevet, suggérant un groupe épiscopal typique des villes comme Lyon ou Genève. Les incursions sarrasines détruisirent partiellement l’édifice avant sa reconstruction au XIe siècle, financée par les archevêques-comtes de Tarentaise, devenus princes d’Empire en 996.
La cathédrale romane, construite en deux phases (vers 1020 pour le chœur, vers 1050 pour la nef), ne conserve aujourd’hui que son chœur et son abside d’origine. Au XVe siècle, le cardinal Jean d’Arces entreprit des transformations gothiques, dont la chapelle des Innocents (1454) et des modifications structurelles attribuées au maître maçon François Cirgat (1461). Au XVIIe siècle, l’archevêque François-Amédée Milliet de Challes adapta l’édifice aux réformes tridentines : suppression de la crypte romane, ajout de baies dans le transept, et construction d’une coupole à lanternon par Louis Billot (1669-1671). Un porche, détruit pendant la Révolution, fut reconstruit en 1864.
La Révolution française marqua un tournant dramatique : en 1793, la cathédrale devint un Temple de la Raison, et ses clochers furent rasés sur ordre d’Antoine Louis Albitte, provoquant l’effondrement des voûtes en 1794. Après le concordat de 1801, l’évêché de Tarentaise fut rétabli en 1825. La restauration, menée par les architectes Ernesto Melano et Sogno, reconstruit la nef dans un style classique au XIXe siècle. Les fresques de la coupole furent confiées à Casimir Vicario (1829), et une chapelle latérale fut ajoutée en 1882. Classée monument historique dès 1862, la cathédrale illustre les évolutions architecturales et politiques de la Savoie, des archevêques-comtes aux restaurations sardes.
Architecturalement, la cathédrale suit un plan en croix latine, avec une nef à quatre travées voûtées d’arêtes, un transept saillant surmonté d’une coupole, et un chœur roman à abside en cul-de-four. Les remaniements successifs — roman, gothique, classique et sarde — reflètent son histoire mouvementée, depuis les destructions sarrasines jusqu’aux reconstructions postrévolutionnaires. Le campanile du XIXe siècle, typique du style sarde, et les fresques de Vicario témoignent de son adaptation aux époques modernes.
Le site, classé monument historique en 1906, appartient aujourd’hui à l’État et à la commune de Moûtiers. Son rôle religieux évolua avec la suppression de l’archidiocèse en 1802, son rattachement à Chambéry, puis la fusion des évêchés de Tarentaise, Maurienne et Chambéry en 1966. La cathédrale reste un symbole du patrimoine savoyard, mêlant héritage médiéval, influences impériales et restaurations contemporaines.