Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Pierre
La cathédrale Saint-Pierre de Rennes, située en Ille-et-Vilaine, est un monument emblématique de la Bretagne, mêlant styles gothique, classique et néo-classique. Son histoire débute au VIe siècle avec l’établissement d’un évêché sur son emplacement actuel, probablement sur les vestiges d’un sanctuaire plus ancien. L’édifice gothique du XIIe siècle, reconstruit après l’effondrement de sa façade en 1490, fut le théâtre d’un événement historique majeur : en 1483, Henri Tudor (futur Henri VII d’Angleterre) y promit d’épouser Élisabeth d’York, scellant la fin de la Guerre des Deux-Roses.
La reconstruction de la façade, menée entre le XVIe et le XVIIe siècle par des architectes lavallois comme Tugal Caris et Pierre Corbineau, aboutit à un chef-d’œuvre de granite de 48 mètres de haut, orné de colonnes et de la devise de Louis XIV. Malgré les travaux, la nef et le chœur, jugés irréparables au XVIIIe siècle, furent démolis en 1756. Les architectes Jacques-Germain Soufflot et Nicolas Marie Potain proposèrent alors un projet ambitieux, incluant une inversion de l’orientation de l’édifice, mais les contraintes financières et la Révolution française retardèrent sa réalisation.
Les travaux reprirent sous la direction de Mathurin Crucy en 1787, puis de Louis-Guy Richelot après 1826. La cathédrale, achevée en 1845, adopta un style néo-classique avec une nef ionique et un décor intérieur fastueux, incluant des fresques d’Alphonse Le Hénaff et un retable flamand du XVIe siècle. Classée monument historique en 1906, elle abrite également des orgues remarquables, dont un grand-orgue de Cavaillé-Coll (1874), et un bourdon de 7,9 tonnes, le plus lourd de Bretagne.
Le mobilier et les décors intérieurs, comme les voûtes dorées par Auguste Jobbé-Duval ou les statues des tétramorphes installées en 2019 sous la coupole, témoignent de son riche patrimoine artistique. La crypte, accessible lors des sépultures épiscopales, conserve les tombes de cardinaux et archevêques, dont Clément Roques et François Saint-Macary. Des restaurations récentes (2009–2014) ont permis de préserver ses vitraux et décors, renforçant son rôle de symbole religieux et culturel breton.
La cathédrale a également été le théâtre de vols notables, comme celui de trois panneaux du retable en 2007, dont seul un fut retrouvé. Ses cloches, dont le bourdon Godefroy (1867), et ses deux orgues – l’un de Merklin-Schütze (1867), l’autre reconstruit par Haerpfer-Erman (1970) – en font un lieu majeur du patrimoine musical et architectural français. Son histoire reflète les bouleversements politiques et artistiques de la Bretagne, des guerres médiévales à la Révolution, en passant par les restaurations du XIXe siècle.