Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul
La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes, située dans le département de l’Aube en région Grand Est, est un édifice religieux catholique marqué par une construction étalée sur plusieurs siècles, des origines chrétiennes floues jusqu’à son achèvement partiel à l’époque moderne. Classée monument historique dès 1862, elle incarne à la fois le pouvoir épiscopal de Troyes et les évolutions architecturales, du gothique primitif au style Renaissance.
Les origines de la christianisation de Troyes restent incertaines, mêlant légendes et fragments historiques. Au IIIe siècle, selon certaines sources, les saints Potentien et Sérotin, envoyés par Savinien de Sens, auraient établi un premier lieu de culte dans une villa gallo-romaine, dont des vestiges (sols et hypocauste) furent découverts au XIXe siècle sous le chœur actuel. Le premier évêque attesté, saint Amateur, apparaît après l’édit de Milan (313), mais la fondation de l’évêché reste indatée. La cathédrale actuelle est précédée par plusieurs édifices, dont une église romane du Xe siècle, partiellement détruite par les Normands, puis reconstruite et agrandie jusqu’au XIIe siècle.
La construction gothique débute vers 1200 sous l’impulsion de l’évêque Garnier de Traînel, avec un chœur achevé vers 1240, marqué par des innovations comme le triforium vitré. Les travaux, ralentis par des catastrophes naturelles (ouragan de 1228, tornade de 1365) et des conflits, reprennent au XVe siècle sous l’épiscopat de Louis Raguier. La nef, modifiée par l’ajout de chapelles latérales, est reliée au transept par un mur en biais. La façade occidentale, initiée en 1507 par Martin Chambiges, reste inachevée : seule la tour nord, dédiée à saint Pierre, est édifiée, tandis que la tour sud, prévue pour saint Paul, n’est jamais construite.
La cathédrale subit des dommages majeurs lors de la Révolution française (1789-1799), avec la destruction des sculptures des portails, le pillage du trésor et la dispersion des reliques. Au XIXe siècle, des restaurations ambitieuses sont menées, notamment par Eugène Millet, élève de Viollet-le-Duc, qui consolide les piliers du chœur et restaure les vitraux, dont ceux du XIIIe siècle inspirés de l’art byzantin. Les vitraux, parmi les plus remarquables de France, illustrent des scènes bibliques et des figures locales, comme saint Loup de Troyes. La cathédrale abrite également des orgues historiques, transférées de l’abbaye de Clairvaux en 1808.
Symbole du pouvoir religieux et politique, la cathédrale est le cadre d’événements majeurs, comme le concile de Troyes (1129), qui officialise l’ordre des Templiers, ou la signature du traité de Troyes (1420), scellant l’alliance entre la France et l’Angleterre pendant la guerre de Cent Ans. Son trésor, partiellement détruit en 1794, conservait des reliques byzantines, dont un fragment de la Vraie Croix, et des émaux limousins. Aujourd’hui, le monument, propriété de l’État, fait l’objet de restaurations continues pour préserver ses décors, ses sculptures et ses 4 cloches exceptionnelles, dont le bourdon Petrus Carolus (4,5 tonnes).
L’architecture de la cathédrale reflète ses phases de construction successives. Le chœur gothique (XIIIe siècle) contraste avec la façade Renaissance (XVIe siècle), ornée de trois portails aux tympans autrefois sculptés, aujourd’hui vides. Les roses du transept, dont celle du nord barrée par une aiguille de pierre, et les vitraux du « Pressoir Mystique » (1625) témoignent de la richesse iconographique du lieu. Les bas-côtés, élargis par des chapelles, et les arcs-boutants à double volée soulignent l’adaptation des plans initiaux aux contraintes techniques et financières. Malgré son inachèvement, la cathédrale reste un joyau du patrimoine champenois, mêlant histoire locale et influences artistiques européennes.