Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul-et-Saint-André
La cathédrale Saint-Pierre-Saint-Paul-et-Saint-André de Saint-Claude, située dans le département du Jura en Bourgogne-Franche-Comté, trouve ses origines dans l’abbaye Saint-Oyend fondée au XIVe siècle. Ce monument gothique, marqué par une façade baroque achevée au XVIIIe siècle, succède à une abbatiale romane disparue. Son histoire est rythmée par des reconstructions majeures : l’abside et les premières travées du chœur sont terminées vers 1421 sous la direction de Renaud de Beaujeu, maître d’œuvre, tandis que les travaux de la nef s’étalent jusqu’au XVe siècle, interrompus par des incendies (notamment en 1418 et 1547). La cathédrale conserve des stalles du XVe siècle, sculptées par Jehan de Vitry, partiellement reconstruites après l’incendie de 1983.
L’élévation de l’abbatiale en cathédrale en 1742, lors de la sécularisation de l’abbaye, accélère son achèvement. Le premier évêque, Joseph Méallet de Fargues, supervise la finalisation de la façade, combinant éléments gothiques et un « frontispice » baroque. Les voûtes des premières travées, inachevées depuis le XVe siècle, sont enfin construites. Au XVIIIe siècle, l’architecte Nicolas Nicole réaménage le chœur (suppression du jubé, déplacement des stalles) et ajoute des sacristies. Les incendies de 1799 détruisent charpentes et couverture, nécessitant des restaurations majeures au XIXe siècle, incluant une couverture en zinc et la reconstruction des murs boutants.
Classée monument historique en 1906, la cathédrale abrite des orgues des facteurs Daublaine & Callinet (1844) et un reliquaire de saint Claude par l’orfèvre Goudji. Son statut de basilique mineure, octroyé en 1952 par le pape Pie XII, est commémoré par une plaque à l’entrée. Les fouilles du chœur ont révélé des structures préromanes et romanes, témoignages des églises dédiées à saint Oyend (fondateur mythique) et aux apôtres Pierre, Paul et André dès le IXe siècle. L’édifice illustre ainsi près de 16 siècles d’histoire religieuse et architecturale, du monastère de Condat (Ve siècle) à ses transformations modernes.
L’architecture de la cathédrale se distingue par une nef à trois vaisseaux de hauteur quasi égale, couverts de voûtes pseudo-sexpartites (vaisseau central) et quadripartites (collatéraux). Les matériaux utilisés reflètent les époques : calcaire oolithique léger pour les parties hautes médiévales, et calcaire du portlandien (lourd) pour les murs extérieurs et les ajouts du XVIIIe siècle. Les signes lapidaires, nombreux sur les murs, et les bossages marquent les campagnes de construction successives. Le clocher hors-œuvre, coiffé d’un toit en pavillon, et la façade « jésuite » à ordonnance tripartite témoignent de cette hybridation stylistique.
Les archives révèlent des dons royaux, comme ceux de Louis XI (XVe siècle), et des grâces fiscales accordées pour financer la reconstruction. En 1392, une remise d’annates par l’antipape Clément VII est conditionnée à l’usage des fonds pour l’église Saint-Pierre. Les comptes de fabrique (1421–1446) détaillent les dépenses : ogives, clefs de voûte, et pavement du chœur. Les stalles, livrées en 1449, marquent l’achèvement du chœur liturgique. Après trois siècles d’interruption, la nef est finalement terminée au XVIIIe siècle, grâce à l’impulsion de l’évêché nouvellement créé.
Les transformations postérieures visent à adapter l’édifice à ses nouvelles fonctions. Au XIXe siècle, les stalles sont réinstallées face à face, un autel néogothique est érigé, et le pavement renouvelé. Les fouilles ont aussi mis au jour une crypte du IXe siècle, dédiée à saint Martin, construite sous l’église romane par saint Hippolyte. Cette stratification historique — du monastère mérovingien à la cathédrale baroque — en fait un site clé pour comprendre l’évolution du patrimoine religieux en Franche-Comté, entre héritage clunisien (liens avec La Chaise-Dieu) et adaptations locales.