Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Pons
La cathédrale Saint-Pons de Saint-Pons-de-Thomières trouve ses origines en 936, lorsque le comte de Toulouse Raymond III Pons et son épouse Garsinde fondent une abbaye bénédictine dédiée à saint Pons de Cimiez, martyr nicéen du IIIe siècle. L’abbaye, placée sous la règle de saint Benoît, reçoit des reliques du saint en 937 et est protégée par le pape Léon VII puis le roi Louis d’Outremer en 939. Raymond Pons, décédé vers 950, y est inhumé. L’abbaye prospère grâce à des donations, notamment celles de l’archevêque de Narbonne Aimery, et devient un centre religieux majeur du Languedoc.
En 1170, l’abbaye est pillée et partiellement détruite par le vicomte de Béziers Roger II Trencavel. La reconstruction de l’abbatiale romane débute à la fin du XIIe siècle, avec des éléments fortifiés comme deux tours crénelées. En 1318, le pape Jean XXII érige l’abbaye en évêché, faisant de l’abbatiale une cathédrale. Le premier évêque, Pierre Roger, dirige le nouveau diocèse, mais les guerres de Religion ravagent le site au XVIe siècle : le cloître et une partie de la cathédrale sont détruits en 1567 par les huguenots.
Au XVIIe siècle, les moines demandent la sécularisation de l’abbaye, transformée en chapitre de chanoines en 1612. La cathédrale, restée en ruines pendant 150 ans, est restaurée au XVIIIe siècle. En 1711, une façade néoclassique remplace le chœur gothique détruit, inversant l’orientation traditionnelle de la nef. Le chœur actuel, orné de marbres de Caunes-Minervois et de grilles en fer forgé (1768-1771), abrite un orgue historique de Jean-Baptiste Micot (1772), l’un des rares instruments de l’Ancien Régime conservés intact.
À la Révolution, la cathédrale perd son statut épiscopal et devient une simple église paroissiale. Classée monument historique dès 1840, elle conserve des éléments roman (nef, bas-reliefs des tympans), gothique (chapelles latérales) et néoclassique (façade). Son mobilier, incluant des stalles du XVIIe siècle et des tableaux classés, témoigne de son riche passé. Les cloches, dont une de 1660 classée, sont toujours sonnées manuellement, une rareté pour une cathédrale.
Parmi les figures marquantes liées à l’abbaye, Ramire II d’Aragon y fut moine de 1093 à 1117 avant de devenir roi. L’abbé Frotard (1065-1099) étendit son influence en constituant une seigneurie au nord de Minerve. L’orgue Micot, joué avant la Révolution par douze musiciens, reste un joyau patrimonial, tout comme les grilles du chœur et les marbres polychromes. Aujourd’hui, la cathédrale illustre près de mille ans d’histoire religieuse et architecturale en Occitanie.