Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Samson
La cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne, classée monument historique dès 1840, est un édifice gothique marqué par une histoire mouvementée. Fondée au VIe siècle par saint Samson, moine gallois, elle devint le siège de l’évêché de Dol en 555, puis un archevêché en 848 sous Nominoë, avant de perdre ce statut en 1199. L’édifice actuel fut reconstruit après l’incendie de 1203 par Jean sans Terre, avec une nef achevée en 1231, un chœur et un déambulatoire terminés vers 1279. Son architecture, d’inspiration anglo-normande, inclut un chevet plat et un déambulatoire rectangulaire, rare en France.
Au XIVe siècle, la cathédrale s’enrichit du grand porche sud, de la salle capitulaire et d’une chapelle axiale. La tour nord, débutée en 1520 sous l’évêque Mathurin de Plédran, resta inachevée faute de fonds. La Révolution transforma l’édifice en Temple de la Raison, puis en écurie, avant sa restauration au XIXe siècle. En 2021-2023, l’écrivain Ken Follett finança partiellement sa rénovation, soulignant son importance patrimoniale. La cathédrale abrite des vitraux médiévaux exceptionnels, dont la maîtresse-vitre du chevet (1280-1290), ainsi que des stalles du XIVe siècle, les plus anciennes de Bretagne.
Le mobilier inclut un tombeau renaissance de l’évêque Thomas James (1482-1504), sculpté par les frères Juste, et des orgues historiques, dont le buffet de 1651 classé. Le chœur, long de 27,6 mètres, est entouré de dix chapelles latérales, reflétant l’influence anglaise. La cathédrale, ancienne étape du pèlerinage du Tro Breiz, symbolise aussi les luttes entre pouvoir breton et autorité ecclésiastique française, notamment lors de la suppression de l’archevêché en 1199.
Les vitraux, parmi les plus anciens de Bretagne, racontent la vie des saints locaux (Samson, Magloire, Catherine) et le Jugement dernier. Au XIXe siècle, des verrières néogothiques, comme celles dédiées à saint Magloire (1884) ou sainte Anne (1887), complètent cet ensemble. La cathédrale conserve aussi des reliquaires du XVIIIe siècle, une Vierge à l’Enfant du XIVe, et un bénitier de marbre rouge classé. Son orgue, remanié aux XVIIe et XXe siècles, compte parmi les plus remarquables d’Ille-et-Vilaine.
L’édifice, marqué par des restaurations continues, illustre les transitions architecturales, du roman au gothique, puis aux ajouts renaissance et classiques. La façade occidentale, hétéroclite, contraste avec l’harmonie intérieure, où la nef de 20,2 mètres de haut et les voûtes à clefs sculptées témoignent du savoir-faire médiéval. La tour sud, haute de 52 mètres, abrite un beffroi du XVIe siècle, tandis que la tour nord, massive et inachevée, évoque un donjon. Ces éléments reflètent les défis financiers et politiques ayant jalonné son histoire.
Aujourd’hui, la cathédrale reste un lieu de culte et de mémoire, célébrant le passé religieux breton. Son trésor, ouvert en 2021, et ses vitraux restaurés attirent visiteurs et pèlerins. Classée dès 1840, elle incarne la résilience d’un patrimoine lié à l’identité bretonne, entre héritage celtique, conflits féodaux et renaissance culturelle.