Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Sauveur
La cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence, située sur l’ancienne via Aurelia, est édifiée sur les vestiges du forum romain d’Aquae Sextiae. Selon la légende, son emplacement correspondrait à un temple dédié à Apollon, hypothèse renforcée par la découverte de colonnes antiques réemployées dans le baptistère. Ce dernier, construit entre les Ve et VIe siècles, compte parmi les plus anciens de France, avec une cuve baptismale mérovingienne et une coupole du XVIe siècle. Les fouilles révèlent aussi des traces d’une chapelle primitive fondée par saint Maximin au Ier siècle, détruite lors des invasions sarrasines (VIIIe–IXe siècles).
La construction de la cathédrale actuelle débute à la fin du XIe siècle sous l’impulsion de l’archevêque Rostan de Fos et du prévôt Benoît, avec une nef romane achevée vers 1103. Le monument subit ensuite de multiples transformations : la façade, commencée en 1477 sous Georges-Olivier de Pannard, mêle des blocs antiques à bossages et un portail gothique (XVIe siècle). Les travaux, interrompus par des conflits entre le chapitre et les archevêques, s’achèvent en 1513 grâce à des dons, comme celui de Louis Rostan pour les sculptures. Le cloître, bâti entre les XIe et XIIIe siècles, et le clocher (1425) complètent l’ensemble.
L’intérieur conserve des trésors artistiques : le Triptyque du Buisson ardent de Nicolas Froment (XVe siècle), des portes sculptées en noyer par les frères Bolhit et Jean Guiramand (1508), et un orgue classé du XVIIIe siècle. Le baptistère, alimenté autrefois par les thermes romains, symbolise la continuité liturgique depuis l’Antiquité. La cathédrale, classée Monument Historique dès 1840, incarne ainsi près de 1 500 ans d’histoire religieuse et architecturale provençale, marquée par des légendes (comme celle de Jeanne Perraud et ses visions) et des anecdotes, telle la conversion protestante de l’archevêque Jean de Saint-Chamond en 1566.
Les vitraux du XIXe siècle, signés de l’atelier Didron, et les fresques des chapelles (comme celle des Saints-Côme-et-Damien) reflètent les restaurations modernes. Le bâtiment, siège de l’archidiocèse, reste un lieu de culte actif, tout en abritant un dépôt lapidaire (sarcophage de saint Mitre) et des œuvres disparues, comme un vitrail de Jean Joye détruit pendant la Révolution. Son architecture éclectique, mêlant réemplois antiques et ajouts médiévaux, témoigne des strates successives de l’histoire aixoise.
Parmi les épisodes marquants, citons la démission forcée de l’archevêque Robert de Mauvoisin en 1318 pour « concubinage et simonie », ou les visions mystiques de Jeanne Perraud (1631–1676), exposée dans la cathédrale. Les trois cloches du clocher (Marie Immaculée, Paule, Marie-Madeleine), fondues entre 1858 et 1932, rythment encore aujourd’hui la vie de la cité. La cathédrale, avec son autel des Aygosi (1470) et ses tapisseries flamandes, demeure un joyau du patrimoine religieux français.