Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Tugdual
La cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier, située dans les Côtes-d'Armor, est un édifice religieux emblématique de la Bretagne historique. Fondée au VIe siècle par le moine gallois Tugdual, elle devient siège épiscopal au IXe siècle. L'édifice actuel, construit entre les XIIe et XVIe siècles, mêle des éléments romans, comme la tour de Hastings (XIIe siècle), et gothiques, avec une nef et un chevet édifiés entre le XIIIe et le XVe siècle. La cathédrale est un lieu de pèlerinage majeur grâce à la présence du tombeau de saint Yves, patron des avocats et des Bretons, dont le culte se développe après sa canonisation en 1347.
La construction gothique débute vers 1339 sous l'évêque Richard du Perrier, après une première phase romane. Les travaux, interrompus par la guerre de Succession de Bretagne, reprennent au XIVe siècle avec l'édification du chevet et du transept, financés en partie par le duc Jean V de Bretagne. Ce dernier y fonde aussi sa chapelle funéraire (1420–1451), illustrant l'importance politique du sanctuaire. La cathédrale, classée monument historique dès 1840, est marquée par des campagnes de restauration aux XIXe et XXe siècles, notamment après les destructions révolutionnaires de 1794.
L'architecture de la cathédrale se distingue par ses trois tours (dont la tour des Cloches, haute de 63 m, et la tour de Hastings, vestige roman), son porche du Peuple (XIVe siècle) et son cloître (XVe siècle). Le chevet, à déambulatoire et chapelles rayonnantes, reflète l'influence du gothique anglais, tandis que la nef combine des éléments normands et bretons. Les vitraux, allant du XXe siècle (Hubert de Sainte-Marie) à des œuvres contemporaines, ainsi que les stalles sculptées (1509–1512) et l'orgue (buffet du XVIIe siècle) enrichissent son patrimoine.
La cathédrale, ancien siège épiscopal jusqu'en 1790, reste un lieu de culte actif et un symbole identitaire breton. Elle abrite des reliques de saint Yves et saint Tugdual, ainsi que des tombeaux de dignitaires, comme celui du duc Jean V. Le pardon de la Saint-Yves (19 mai), attirant des milliers de fidèles, perpétue une tradition médiévale. Classée basilique mineure en 1947, elle incarne à la fois l'histoire religieuse, politique et artistique de la Bretagne.
Les campagnes de construction s'échelonnent sur quatre siècles, avec des apports stylistiques variés : roman (tour de Hastings), gothique rayonnant (chevet), et flamboyant (tour des Cloches). Les vitraux modernes, comme ceux d'Henri-Marcel Magne (1921) commémorant la Première Guerre mondiale, côtoient des éléments médiévaux préservés, tels les peintures murales du XVe siècle dans le chevet. La cathédrale, restaurée après les tempêtes de 1999, continue de jouer un rôle central dans la vie spirituelle et culturelle du Trégor.