Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Vincent
La cathédrale Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône puise ses origines dans l’Antiquité tardive, avec une première église édifiée sur un rempart gallo-romain, remplaçant un temple païen. Des découvertes archéologiques (statue de Mercure en 1776, autel dédié à Mars en 1850) confirment ce passé antique. L’église primitive, agrandie par saint Agricole, fut détruite par les Sarrasins puis reconstruite sous Charlemagne, qui y convoqua un concile en 813. Son patronage passa de saint Étienne à saint Vincent vers 542.
La construction de la cathédrale actuelle s’échelonna entre 1090 et 1522, marquée par deux phases majeures : l’âge roman (1090–1150) et l’âge gothique (1220–1522). L’âge roman se divise en trois chantiers, laissant des chapelles absidiales, le rez-de-chaussée du chœur et les piliers de la nef. L’âge gothique, plus ambitieux, vit l’édification de l’abside, des voûtes, du cloître et des chapelles latérales, reflétant l’évolution architecturale bourguignonne.
La façade ouest, de style néo-gothique, fut reconstruite au XIXe siècle (1822–1844) par l’architecte lyonnais Antoine Chenavard, remplaçant une façade romane détruite. Flanquée de deux tours carrées de 42 mètres (gothique flamboyant), elle intègre seize statues de saints patrons locaux, sculptées par Étienne de Saptes. Le cloître, de style flamboyant, et le presbytère longent le collatéral sud, tandis que le chevet est entouré d’un jardin mettant en valeur les absidioles romane et gothique.
L’intérieur de la cathédrale révèle une structure symbolique, avec une nef centrale de 62,93 mètres et une voûte à 24 mètres de haut, ornée de roses et de triforiums. Le chœur, surmonté de deux marches, combine arcs romans et voûtes gothiques, abritant une tapisserie bruxelloise de 1510. Les chapelles latérales, datant des XIVe–XVIe siècles, illustrent les styles flamboyant et Renaissance, avec des fresques et vitraux remarquables, comme celui de la jeune Foucaude (XVIe siècle), restauré après un acte de vandalisme en 1978.
La cathédrale abrite trois cloches, dont le bourdon Jeanne-Henriette (1853, 5,2 tonnes), et un grand orgue du XVIIe siècle, modifié par Karl-Joseph Riepp en 1751. Classée Monument Historique depuis 1903, elle a bénéficié de restaurations majeures, notamment pour ses tours (classées en 1991) et son cloître, rouvert en 2019 après dix ans de travaux. L’association Les Amis de la cathédrale, fondée en 1972, a joué un rôle clé dans sa préservation.
Parmi les éléments notables, on compte les chapiteaux étudiés pour leur iconographie, les vitraux modernes de Pierre Choutet (1954), et un retable de Richard Tassel (1608) dans la chapelle Cardinale. La cathédrale est aussi la seule de Bourgogne à conserver la tombe d’un évêque, Jean Germain (1436–1461), soulignant son importance historique et spirituelle.