Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Vincent
La cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo, dédiée à saint Vincent de Saragosse, fut édifiée à partir du XIIe siècle sur l’emplacement d’un monastère dépendant de l’abbaye de Marmoutiers. En 1145, elle devint le siège de l’évêché de Saint-Malo sous l’impulsion de l’évêque Jean de la Grille, transformant l’église monastique en cathédrale romane à nef unique, transept et chœur. Au XIIIe siècle, le chœur fut reconstruit en style gothique par l’évêque Geoffroy de Pontual, tandis que la tour, commencée au XIIe siècle, fut surélevée en 1422. Des chapelles et collatéraux furent ajoutés aux XVe et XVIe siècles, reflétant des influences architecturales variées, dont l’art gothique anglo-normand.
Au XVIIe siècle, des modifications majeures furent apportées : le transept fut agrandi symétriquement, le sol du sanctuaire surélevé, et la rosace du chevet détruite en 1695 par des canons anglo-hollandais, remplacée par trois baies. La façade néoclassique, construite entre 1772 et 1773 par l’architecte Robert Verron, masqua les maçonneries médiévales. En 1858, une flèche bretonne en pierre de Caen, inspirée de celle de Quimper, remplaça le dôme d’ardoise du XVIIIe siècle, sur demande de Napoléon III.
Gravement endommagée lors des bombardements de 1944, la cathédrale fut restaurée entre 1944 et 1972 sous la direction des architectes Raymond Cornon et Pierre Prunet. La flèche, reconstruite dans un style plus épuré, fut inaugurée en 1972. Les vitraux, entièrement refaits après-guerre, illustrent l’évolution de l’art verrier religieux, avec des contributions majeures de Max Ingrand et Jean Le Moal. La cathédrale abrite également des tombes célèbres, comme celles de Jacques Cartier et René Duguay-Trouin, ainsi que trois orgues modernes de la manufacture Koenig.
Classée monument historique depuis 1910, la cathédrale Saint-Vincent est un témoignage des transformations architecturales et historiques de Saint-Malo, mêlant héritage médiéval, destructions guerrières et restaurations contemporaines. Elle reste un lieu emblématique du Tro Breiz, pèlerinage breton, et un symbole de la résilience de la ville après la Seconde Guerre mondiale.
Les cloches, refondues en 2019, perpétuent des traditions séculaires, comme le couvre-feu sonné chaque soir depuis le XVIe siècle par la cloche Noguette. Le mobilier liturgique, renouvelé en 1991 par Arcabas, et les statues marbrées de Francesco Maria Schiaffino enrichissent son patrimoine artistique. Aujourd’hui, la cathédrale allie fonctions religieuses, culturelles et mémorielles, incarnant l’histoire maritime et épiscopale de Saint-Malo.