Frise chronologique
1282
Début de la construction
Début de la construction
1282 (≈ 1282)
Pose de la première brique par Bernard de Castanet
1301-1308
Interruption des travaux
Interruption des travaux
1301-1308 (≈ 1305)
Conflit entre Bernard de Castanet et Philippe IV
23 avril 1480
Consécration de la cathédrale
Consécration de la cathédrale
23 avril 1480 (≈ 1480)
Par Louis Ier d'Amboise, achèvement du gros œuvre
1509-1512
Peinture des voûtes
Peinture des voûtes
1509-1512 (≈ 1511)
Fresques Renaissance sous Louis II d'Amboise
1736
Construction du grand orgue
Construction du grand orgue
1736 (≈ 1736)
Œuvre de Christophe Moucherel, 61 registres
1862
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1862 (≈ 1862)
Première liste des monuments protégés
1981
Restauration de l'orgue
Restauration de l'orgue
1981 (≈ 1981)
Retour à la configuration du XVIIIe siècle
31 juillet 2010
Classement UNESCO
Classement UNESCO
31 juillet 2010 (≈ 2010)
Avec la cité épiscopale d'Albi
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
La cathédrale : classement par liste de 1862
Personnages clés
| Bernard de Castanet - Évêque d'Albi (1277-1308) |
Initiateur de la cathédrale, financeur du chantier |
| Pons Descoyl - Architecte présumé |
Catalan, auteur supposé des plans |
| Louis Ier d'Amboise - Évêque (1474-1503) |
Achève la cathédrale, commande le jubé |
| Louis II d'Amboise - Évêque (1503-1517) |
Importa des artistes italiens pour les peintures |
| Christophe Moucherel - Facteur d'orgues |
Construisit le grand orgue en 1736 |
| César Daly - Architecte du XIXe siècle |
Responsable de la restauration controversée |
Origine et histoire
La cathédrale Sainte-Cécile d'Albi, édifiée entre 1282 et 1480 sur un piton rocheux dominant le Tarn, incarne le triomphe de l'Église sur le catharisme après la croisade des Albigeois. Son architecture en brique foraine, matériaux modeste mais résistant, reflète une réponse à l'hérésie par une sobriété apparente, tout en abritant un intérieur somptueux. Le projet, attribué à l'évêque Bernard de Castanet (1277-1308), rompt avec les cathédrales de pierre du Nord pour affirmer une identité méridionale sous influence catalane, avec l'architecte présumé Pons Descoyl.
La construction s'étale sur deux siècles, marquée par des interruptions comme le conflit entre Bernard de Castanet et Philippe IV (1301-1308), qui stoppe les travaux. Les murs gouttereaux et l'abside sont érigés avant 1325, suivis des travées centrales (1340) et du clocher-donjon, symbole de puissance épiscopale. Au XVe siècle, Louis Ier d'Amboise (1474-1503) achève la cathédrale et y ajoute un jubé de pierre sculptée, un Jugement dernier monumental (270 m2), et des décors Renaissance sous l'impulsion de son neveu Louis II, qui importe des artistes italiens pour les voûtes peintes (1509-1512).
Le XIXe siècle transforme radicalement son apparence : César Daly surélève les murs de 7 mètres et ajoute des clochetons (démontés en 1896), croyant à tort l'édifice inachevé. Malgré ces modifications controversées, la cathédrale, classée Monument Historique dès 1862, échappe à la destruction révolutionnaire grâce à l'intervention de l'ingénieur Jean-François Mariès. Ses fresques (18 500 m2), son orgue Moucherel (1736), et son jubé gothique — l'un des rares conservés en France — en font un joyau unique, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2010 avec la cité épiscopale.
L'intérieur contraste avec l'extérieur militaire : les voûtes, peintes en bleu de France au XVIe siècle, abritent des scènes bibliques et des anamorphoses érotiques cachées. Le jubé, orné de 72 statues d'anges et de prophètes, sépare le chœur des fidèles jusqu'à sa partial destruction en 1792. Les reliques de sainte Cécile, patronne des musiciens, sont célébrées chaque 22 novembre lors de messes solennelles. Les graffitis (5 000 répertoriés) et les cadrans solaires du XVIIe siècle témoignent de son histoire vivante.
Symbole de la reconquête catholique, la cathédrale utilise la brique — matériau pauvre mais rapide à poser — pour affirmer sa domination sur une ville marquée par l'hérésie. Son clocher, haut de 78 mètres, abrite cinq cloches, dont le bourdon « Valérien » (3 tonnes). Les vitraux modernes, conçus pour ne pas altérer les peintures murales, complètent un ensemble où se mêlent gothique méridional, Renaissance italienne, et baroque. Aujourd'hui, elle attire par son acoustique exceptionnelle et ses concerts, perpétuant son rôle culturel et spirituel.
Les fouilles archéologiques révèlent des vestiges des édifices précédents, dont une cathédrale romane du Xe siècle dédiée à sainte Cécile, et une église du VIIe siècle détruite en 666. Le site, occupé depuis l'Antiquité, montre l'évolution du pouvoir épiscopal : du baptistère paléochrétien aux fortifications médiévales. La cathédrale actuelle, avec ses murs de 2,5 mètres d'épaisseur, servait aussi de refuge en temps de guerre, illustrant son double rôle religieux et défensif dans une région longtemps troublée par les conflits.