Origine et histoire de la Cathédrale Vieux-Saint-Vincent
La cathédrale Saint-Vincent de Mâcon, dite Vieux-Saint-Vincent, est l’ancienne cathédrale médiévale de la ville, dédiée à Vincent de Saragosse. Son origine remonte au moins au VIe siècle, avec des traces d’un premier édifice sous l’évêque Placide. Au XIe siècle, une cathédrale romane fut construite, dont subsistent aujourd’hui le massif occidental et les parties basses des deux tours octogonales. Ces dernières, de hauteurs inégales, furent rehaussées aux XIVe et XVe siècles, tandis que le tympan roman (vers 1130), l’un des plus anciens d’Europe, illustre un Jugement Dernier en cinq registres, marqué par des innovations iconographiques comme la double représentation du Christ.
Le monument connut une histoire mouvementée : pillages par les Hongrois (937) et Lothaire (834), incendies répétés (742, 960), et une reconstruction gothique inachevée au XIIIe siècle. La Révolution française scella son déclin : déclaré bien national en 1789, il fut partiellement démoli en 1799, ne conservant que le narthex et les clochers. Au XIXe siècle, des restaurations permirent son ouverture au culte jusqu’à la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, le site, classé Monument Historique dès 1862, bénéficie d’un projet de sauvegarde de 5,9 millions d’euros (2023) dans le cadre du Loto du patrimoine.
Le tympan, chef-d’œuvre de l’art roman, révèle des influences clunisiennes et une parenté stylistique avec les sculptures d’Avenas, attribuées au master of Avenas par l’historien Edson Armi. La façade, ornée de bandes lombardes, et le narthex, mélange de styles roman et gothique, témoignent des transformations architecturales successives. Les guerres de Religion (1567) endommagèrent les sculptures hautes, tandis que les restaurations des XVIIe et XIXe siècles ajoutèrent des éléments comme le portail gothique flamboyant (fin XVe) ou les verrières.
L’abbé Courtépée, au XVIIIe siècle, décrivit l’édifice comme « étroit et sombre, mais aux voûtes exhaussées », soulignant l’harmonie de son carillon, réputé parmi les plus beaux du royaume. Les fouilles et études récentes (années 1970) ont mis en lumière les vestiges du cloître, déplacés au XIXe siècle avant de disparaître. Enfin, les peintures murales des tours, classées en 1862, et les chapiteaux romans du narthex rappellent la richesse décorative originelle, aujourd’hui partiellement préservée.
La cathédrale incarne les conflits historiques locaux, comme l’opposition entre Mâcon et Cluny au XIIe siècle, reflétée dans le tympan commandé par l’évêque Bérard de Châtillon. Symbole de pouvoir épiscopal, elle fut aussi un enjeu pendant les troubles religieux : saccagée par les protestants en 1567, elle perdit ses objets liturgiques et subit des martèlements iconoclastes. Son déclin au XVIIIe siècle, lié à des problèmes structurels, contraste avec son rôle passé de centre spirituel et politique, comme en témoignent les Te Deum de 1791 ou son usage comme Temple de la Raison sous la Terreur.
Aujourd’hui, le Vieux-Saint-Vincent se visite comme un vestige majeur de l’architecture romane bourguignonne, aux côtés des abbatiales de Cluny et Tournus. Son tympan, étudié pour sa représentation pionnière du Dieu du Jugement, et ses tours aux styles superposés (roman, gothique) en font un témoignage unique des évolutions artistiques et religieuses du Moyen Âge en Bourgogne-Franche-Comté.