Origine et histoire
Le centre hospitalier spécialisé Charles-Perrens trouve ses origines dans l’Enclos-Guiraud, fondé en 1551 par Arnaud Guiraud, un marchand bordelais. Selon la légende, ce dernier, ayant perdu la raison après la disparition de son navire, aurait recouvré ses esprits à son retour. Par gratitude, il fit construire un hôpital pour accueillir les aliénés dans le quartier Saint-Jean. L’établissement, composé de maisonnettes et de cages en bois, était géré par un concierge et sa famille.
Racheté par la jurade de Bordeaux en 1586, l’Enclos-Guiraud devint un lieu polyvalent : asile pour pestiférés et lépreux, infirmerie pour marins, dépôt de mendicité, et maison de force. Au XVIIIe siècle, des modifications furent apportées, dont une maison de force pour prostituées en 1757 et une fontaine en 1761. Sous l’Ancien Régime, les conditions se dégradèrent, et les Sœurs de Nevers prirent la direction de l’asile, alors fusionné avec une maison de répression.
En 1802, l’asile fut rebaptisé Asile Saint-Jean et placé sous gestion municipale. Il accueillait 80 patients, hommes et femmes, sous la supervision des Sœurs de Nevers. Face à la surpopulation, des extensions furent construites entre 1804 et 1814, incluant un pensionnat pour patients aisés. En 1841, l’asile passa sous tutelle nationale et devint exclusivement féminin, échangeant ses patients masculins avec l’asile de Cadillac.
Un conflit juridique opposa l’asile à la ville de Bordeaux entre 1850 et 1883, aboutissant à son transfert hors du quartier Saint-Jean. En 1886, le Château-Picon, domaine de 22 hectares, fut acquis pour y construire un nouvel asile. L’architecte Jean-Jacques Valleton, assisté du Dr Taguet, conçut un ensemble inspiré des théories aliénistes, avec des pavillons disposés en double peigne autour d’une galerie centrale. Les travaux, débutés en 1887, s’achevèrent en 1890, malgré des retards.
L’asile du Château-Picon, initialement prévu pour 677 patientes, fut agrandi entre 1895 et 1908 avec six nouveaux pavillons. En 1972, il devint mixte, puis fut renommé Centre hospitalier Charles-Perrens en 1974, en hommage à son médecin-chef (1920-1952). Symbole de modernisation psychiatrique, il est aujourd’hui un pôle d’innovation en santé mentale. Depuis 1997, ses façades, cuisines, pavillons des bains, chapelle et fontaine de 1761 sont classés Monuments Historiques.
L’architecture du site, marquée par le néo-gothique et le fonctionnalisme, reflète les principes aliénistes du XIXe siècle : séparation des pathologies, hygiène rigoureuse, et espaces de promenade. Valleton utilisa des matériaux industriels comme la fonte, tandis que la décoration, volontairement sobre, évitait de stimuler les patients. La tour du château d’eau, inspirée des forteresses médiévales, et les cuisines rappelant l’abbaye de Fontevrault, illustrent cette dualité entre esthétique historique et modernité médicale.