Origine et histoire
Le champ de bataille du Linge, situé dans le massif vosgien sur les communes d’Orbey, Hohrod, Soultzeren et Labaroche (Haut-Rhin), fut le cadre d’une bataille acharnée entre les armées française et allemande durant la Première Guerre mondiale. Du 20 juillet au 16 octobre 1915, les combats visaient à contrôler ce point stratégique pour une future offensive en plaine d’Alsace. Malgré des pertes humaines considérables (plus de 18 000 victimes, dont 8 867 côté français), les gains territoriaux restèrent minimes, illustrant la violence des combats en montagne.
Les Allemands, installés depuis des mois, avaient fortifié le Linge avec des blockhaus, des tranchées et des réseaux de barbelés, rendant la position quasi imprenable. L’offensive française, menée par la 3e brigade de chasseurs et la 129e division d’infanterie, échoua à conserver la crête malgré des assauts répétés. Dès août 1915, les contre-attaques allemandes, utilisant lance-flammes et gaz lacrymogènes, repoussèrent les Français, stabilisant le front jusqu’à la fin de la guerre.
Le site, classé monument historique en 1921 puis modifié en 1932 pour sa préservation, conserve aujourd’hui des vestiges des fortifications des deux camps. Un musée-mémorial à proximité expose armes, objets personnels et documents d’archives, témoignant de l’intensité des combats. Parmi les figures marquantes, le poète Jules Dupin, sous-lieutenant tué le 26 juillet 1915, est honoré au Panthéon parmi les écrivains morts au combat.
La bataille du Linge symbolise l’échec de la stratégie française de « manœuvre de débordement par les hauts », prônée par Joffre malgré l’avis de ses subordonnés. Ce choix, inspiré des tactiques napoléoniennes, se heurta à la réalité d’une guerre de position et à la puissance des défenses allemandes. Les pertes humaines, disproportionnées par rapport aux résultats, en firent l’un des épisodes les plus sanglants des combats dans les Vosges.
Le massif, partiellement boisé et rocheux, offrait un terrain propice à la défense, avec des pentes escarpées et des couloirs naturels transformés en pièges. Les vestiges encore visibles, bien que majoritairement postérieurs à 1915, rappellent l’acharnement des deux armées à fortifier le site après la stabilisation du front. Aujourd’hui, le mémorial et les nécropoles voisines perpétuent la mémoire de ces soldats.