Origine et histoire de la Chapelle de Bethléem
La chapelle de Bethléem, construite au XVIe siècle à Aubevoye (Eure, Normandie), présente une silhouette d'allure romane et se trouve aujourd'hui en ruines. Édifiée à partir de 1576 à l'initiative du cardinal Charles Ier de Bourbon, archevêque de Rouen, elle fut destinée aux moines chartreux de Bourbon-lez-Gaillon. Elle comprend une crypte, singulière par son caractère de reproduction aux mêmes dimensions de la grotte de la basilique de la Nativité de Bethléem. Les travaux débutèrent en 1576 et la consécration initiale eut lieu le 23 décembre 1584 avec l'autorisation de l'évêque d'Évreux Claude de Sainctes. Le lieu fut mis à la disposition des chartreux de Notre-Dame de Bonne-Espérance pour la célébration de la messe de minuit. Vendue comme les autres biens religieux en 1791, la chapelle connut ensuite des interventions privées, notamment une réhabilitation en 1890 menée par M. et Mme Mignot. À la fin du XIXe siècle, on ne rendit au culte que la crypte, qui fit l'objet d'une nouvelle consécration le 24 novembre 1895 par l'abbé Léon Adolphe Amette. L'édifice a été inscrit au titre des monuments historiques le 1er mai 1933.
La chapelle est installée sur le flanc d'un coteau dominant le village médiéval d'Aubevoye ; ce coteau, alors partiellement planté de vignes, est aujourd'hui en grande partie boisé et couvert d'une végétation récente. Elle se situe à 750 mètres de la mairie et à 565 mètres de l'église Saint-Georges ; on y accède notamment par un chemin d'environ 600 mètres qui part de l'allée des Sources, derrière l'enceinte du domaine de la Créquinière, bien que d'autres sentiers existent.
L'édifice, en grande partie en ruines, ne restitue pas fidèlement l'aspect primitif : il est orienté est‑ouest, long de 19 mètres et large de 8,6 mètres, et adopte un plan en croix latine. Construite en moellons, elle a dû faire face à des fragilités structurelles ; à la fin du XVIIe siècle, l'une des chapelles latérales menaçante de ruine fut supprimée. Un lanterneau installé en 1798, équipé d'une cloche et surmonté d'une étoile à cinq branches, se trouve au droit de l'ancien chœur, près du pignon du chevet, lequel est percé d'une haute baie en arc de plein cintre. La nef unique et le chœur sont voûtés en berceau sur un bâti enduit de plâtre ; les murs du sanctuaire sont percés de deux fenêtres et de deux œils‑de‑boeuf. Au XIXe siècle, la transformation en logement a entraîné la séparation du chœur et de la nef et l'ouverture de nouvelles portes et fenêtres sur le mur sud. Accolé au chevet se trouve un logis de vigneron, antérieur et signalé depuis 1630, et la toiture de l'ensemble a été rapportée comme ayant compté 52 000 tuiles.
Après la dernière mutation connue en 1981, la parcelle est restée propriété privée ; la presse de 2021 a évoqué sa mise en vente, un nouveau propriétaire a ouvert le domaine aux visiteurs le 22 janvier 2022 et, en 2023, l'association "L'Étoile de Bethléem" s'est constituée pour contribuer à la promotion, à la sauvegarde et à la restauration de la chapelle et de sa crypte en accord avec les propriétaires. La crypte est aujourd'hui accessible mais fermée au public ; les vestiges et les superstructures accessibles révèlent des détails variés : des grilles en permanence ouvertes sur le chemin cadastral, des dessins d'incertaine datation sur le mur nord, des ouvertures sur le mur sud, la représentation de l'étoile de Bethléem, un intérieur montrant baie et œil‑de‑boeuf vers le nord, une fenêtre à meneau à l'ouest, des ouvertures de ventilation et une croix modeste, autant d'éléments qui témoignent de l'histoire et de l'état de conservation du site. Les études et descriptions principales sur la chapelle figurent notamment dans les travaux d'Adolphe Vard et dans l'exposé de l'abbé François‑Marie‑Alfred Blanquart présenté devant la Société des amis des arts de l'Eure en 1903.