Origine et histoire de la Chapelle de Condat
La chapelle de Condat se trouve au lieu-dit Condat, à un kilomètre et demi au sud‑est de Libourne, sur la rive droite de la Dordogne à l’entrée d’une presqu’île. Elle est le seul élément subsistant d’un château rasé par les soldats de Charles VII et, située à l’extérieur de la forteresse, servait aux châtelains comme aux tenanciers, serfs et habitants des environs. Les parties les plus anciennes paraissent remonter au XIe siècle ; l’édifice a été restauré et agrandi dans la seconde moitié du XVe siècle, probablement par Charles de Berry, et présente un style de transition entre le gothique et la Renaissance. Vendue comme bien national à la Révolution puis détournée de sa fonction religieuse, elle fut rachetée par la famille Piola en 1865, rendue au culte après une restauration et rendue au public en 1868. La chapelle a été inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du 24 décembre 1925 et donnée plus tard à l’évêché de Bordeaux.
L’édifice se compose d’une nef et d’un chœur d’environ 31,75 m de longueur sur 7,30 m de largeur, divisés en quatre travées qui augmentent légèrement de longueur à mesure qu’elles se rapprochent du sanctuaire, créant un effet d’optique depuis l’entrée. Ces travées sont délimitées par des arcs ogivaux en plein cintre brisé et couverte par des voûtes à croisée d’ogives ; le chœur et la travée d’entrée présentent des liernes et des tiercerons. Les clefs de voûte, les points de jonction des nervures et les culs-de-lampe portent des écussons, fleurons et figures sculptées, et un escalier à vis est logé à l’angle nord‑ouest.
À l’extérieur, deux contreforts aux angles de la façade occidentale, surmontés de pinacles et de chimères, ainsi que le pignon orné d’une rosace et la sacristie accolée à l’abside, sont probablement du XIXe siècle ; l’édifice semble par ailleurs avoir été surélevé. Le portail est surmonté d’une Vierge à l’Enfant et le campanile abrite une cloche du XVe siècle, issue de la chapelle de l’hôpital de Libourne et classée comme objet aux Monuments historiques. Le dallage du chœur conserve des fleurs de lys attribuées au XVe siècle.
La richesse sculptée intérieure est notable : keystones représentant les armes de France, la Vierge à l’Enfant, un évêque portant crosse et mitre, l’Agnus Dei, ainsi que fleurons végétaux ; l’arc triomphal et les retombées sont ornés de festons, d’animaux fantastiques et de figures symbolisant vertus et vices. On y relève aussi de nombreux motifs animaliers et grotesques, Adam et Ève avec le serpent, un avare avec sa bourse, et divers mascarons et feuilles sculptées.
Deux Vierges à l’Enfant ont fait l’objet d’une dévotion particulière : une petite statue en chêne polychrome, longtemps vénérée par les marins et conservée dans une niche au‑dessus du maître autel, et une statue en pierre de 0,55 m datant du XVIe siècle, classée parmi les objets des Monuments historiques en 1908. Ces statues furent cachées et transmises de mains en mains pendant les troubles révolutionnaires avant d’être replacées dans la chapelle.
La chapelle a aussi accueilli de nombreux ex‑voto, notamment d’origine maritime ; parmi les pièces survivantes figurent deux maquettes de navires du début du XIXe siècle, conservées dans des niches de la nef et classées comme objets par les Monuments historiques, ainsi que plusieurs tableaux votifs. Dans le sanctuaire se trouve un reliquaire contenant un os étiqueté Sancti Amatoris, dont l’origine demeure inconnue ; une hypothèse locale le rattache à saint Amadour et une datation par radiocarbone a été envisagée.
Les vitraux, au nombre de onze et consacrés à la vie de la Vierge, datent du XIXe siècle ; la baie axiale reproduit la madone de la niche et plusieurs verrières sont signées Joseph Villiet, Antoine Lusson et Léo Lefèvre.
Privée d’entretien durant le XXe siècle, la chapelle a souffert de dégradations importantes, surtout des infiltrations d’eau liées à sa situation en méandre favorisant la remontée capillaire. Une association constituée en 2008 a pris en charge la restauration : après une étude préalable et l’obtention d’un permis en 2012, des travaux extérieurs (campanile, toiture, maçonnerie) ont été engagés dès 2012, suivis d’interventions intérieures sur l’électricité, les peintures et les vitraux en 2013‑2014, puis de nettoyages et de restaurations de façade jusqu’en 2016. Le montant total des travaux s’est élevé à environ 700 000 euros, intégrant des interventions supplémentaires et des découvertes imprévues.
Non loin de la chapelle subsistent l’ancien presbytère, aujourd’hui propriété privée, et dans son jardin une fontaine dite de la Vierge, traditionnellement réputée pour des vertus oculaires mais située en propriété privée et non visitable.