Origine et histoire de la Chapelle de Keramanac'h
La chapelle de Keramanac'h, située à 4 km à l’ouest du bourg de Plounévez-Moëdec (Côtes-d’Armor), est un édifice religieux de plan rectangulaire construit au XVe siècle, bien que souvent associée au XVIe siècle. Elle appartenait à l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (ou ordre de Malte) et dépendait de la commanderie de La Feuillée. Son architecture combine une nef à charpente lambrissée, un bas-côté nord, et un porche sud orné de statues et de bas-reliefs polychromes, dont des scènes de l’Annonciation et de l’Adoration des Mages. Le clocher-mur, à trois chambres de cloches superposées, et les baies à remplages flamboyants (lancettes trilobées, rosaces, mouchettes) témoignent d’une influence gothique tardive.
La chapelle abrite des éléments remarquables comme des vitraux du XVe siècle (représentant saint Tugdual et saint Fiacre), des blasons (famille de Keramborgne, ordre de Saint-Jean, vicomtes de Lesmais), et une balustrade gravée « AVGALLO 1663 ». Classée Monument Historique en 1922 avec son calvaire et son enclos, elle a subi plusieurs restaurations (1708, 1854, 1871, 1987). À l’origine dédiée à Saint-Jean, elle fut aussi appelée Notre-Dame de Keramanac’h. Son mobilier, comme un jubé du XVe siècle et un retable en albâtre, a été partiellement dispersé aux XIXe et XXe siècles.
L’édifice était entouré d’un cimetière clos et de deux maisons au nord (disparues au XVIIIe siècle). Les archives mentionnent son état de délabrement au XVIIIe siècle, lié à l’absence de rentes, ainsi que son rôle dans la vie locale : messes dominicales, pèlerinages, et perception de dîmes par les commandeurs. Les armes de Pierre de Keramborgne (commandeur en 1449) et de Pierre Viault (procureur général en 1603) confirment son lien avec l’ordre de Malte. La chapelle illustre ainsi l’architecture religieuse bretonne, mêlant fonctions spirituelles, seigneuriales et communautaires.
Les travaux de 1708 (maçon Jean Morvan, menuisier Jean Cloarec) concernèrent les fenêtres, le reliquaire et la toiture. En 1854, le recteur Rivoal fit restaurer la charpente, suivie d’une réfection complète en 1871. Le jubé en chêne, daté du XVe siècle, fut déplacé dans l’église paroissiale en 1873. Les vitraux et blasons (comme ceux des Plougras ou des Saliou) révèlent des alliances locales et des protections nobles. La chapelle, propriété communale, reste un témoignage des guerres de Religion (moulin du Temple détruit) et de la dévotion bretonne, avec sa fontaine et son calvaire classés.
Les terriers de 1701-1705 décrivent un enclos avec 21 cordes de terrain, un moulin ruiné (« du Temple »), et 14 tenures dépendant de la commanderie de La Feuillée. Au XVIIIe siècle, l’inventaire signale une cloche fendue et un lambris « totalement déperi ». Pol Potier de Courcy (1864) évoque une tribune en chêne aux douze Apôtres sculptés, aujourd’hui disparue. Le retable en albâtre, vendu en 1903, représentait des scènes de la vie du Christ en costumes du XVIe siècle. Ces éléments soulignent son rôle à la fois liturgique, seigneurial (dîmes, juridiction) et artistique, reflétant les échanges entre Bretagne et ordres militaires.