Origine et histoire de la Chapelle de Kermaria an Iskuit
La chapelle de Kermaria an Iskuit, située dans le hameau de Kermaria à Plouha (Côtes-d'Armor), est un édifice religieux datant principalement des XIIIe et XVe siècles. Son nom breton signifie « le village de Marie qui sauvegarde », évoquant son rôle protecteur. Fondée vers 1240 par Henri II d'Avaugour, un croisé revenu de Terre sainte, elle fut agrandie aux XVe et XVIe siècles, puis remaniée au XVIIIe. Classée Monument Historique en 1907, elle se distingue par son architecture hybride, mêlant styles gothique et Renaissance.
Le porche sud, élément le plus remarquable, servait de tribunal seigneurial au XVIe siècle. Sa galerie Renaissance, surmontant une baie ogivale, abritait les statues des douze apôtres et une Vierge polychrome. À l’étage, la « secrétairerie » permettait aux seigneurs de la Noë-Verte (comme le marquis de Lézobré, géant légendaire enterré dans la chapelle) de rendre justice. Les gargouilles du XVIe siècle et les fresques murales, dont une Danse macabre (1488–1501) de 47 figures, en font un joyau artistique breton.
La nef, divisée en sept travées, illustre l’évolution architecturale : les quatre premières (XIIIe siècle) reposent sur des piliers cylindriques, tandis que les trois suivantes (XVe siècle) s’élèvent sur des colonnes octogonales. Le chœur, reconstruit entre 1720 et 1721, abrite une sacristie prolongée par un maître-autel à retable. La chapelle privative, au sud, forme un transept incomplet. La tour ouest, coiffée d’une flèche en ardoise datée de 1702, domine l’ensemble.
La Danse macabre de Kermaria, redécouverte en 1856 après avoir été cachée sous un badigeon au XVIIIe siècle, est l’une des deux seules conservées en Bretagne. Peinte dans des tons clairs sur fond ocre, elle représente une farandole de squelettes et de vivants, accompagnée de sentences morales aujourd’hui partiellement perdues. Une autre fresque, le Dit des trois morts et des trois vifs (bas-côté nord), complète cet ensemble macabre médiéval, témoignant de la préoccupation de l’époque pour la mort et le salut.
La chapelle est aussi liée à des légendes locales, comme celle du marquis de Lézobré, géant invincible après s’être baigné dans une fontaine sainte. Son tombeau, découvert à la fin du XIXe siècle, contenait son crâne dans une châsse. En 1747, le site passa des seigneurs de La Feillée à la famille Taillart, dont un membre repose dans un enfeu du transept sud. Au XXe siècle, la fresque inspira Ridley Scott pour son film Kingdom of Heaven (2005).