Origine et histoire de la Chapelle des Carmélites
La chapelle des Carmélites de Lectoure est un édifice religieux catholique intégré à un ensemble conventuel fondé au XVIIe siècle dans la ville de Lectoure (Gers). Elle est construite entre 1666 et 1677, avec une messe solennelle célébrée en 1684, et fait partie des cinq premiers carmels établis en France. Son architecture modeste, marquée par un portail classique et un plafond peint orné de blasons, reflète son rôle spirituel et communautaire.
Le couvent est fondé en 1623 par le maréchal Antoine de Roquelaure, gouverneur de Lectoure et proche d’Henri IV, qui offre le terrain pour son implantation. Huit religieuses, dirigées par sœur Marie de la Trinité, cinquième Carmélite de France, s’y installent dès septembre 1623. En 1632, le couvent accueille Anne d’Autriche et le cardinal de Richelieu, parrain et marraine des enfants de Roquelaure, marquant son prestige précoce.
Au XVIIe siècle, le Carmel de Lectoure devient un foyer du jansénisme sous l’influence de la prieure sœur Thérèse de la Croix et du vicaire Louis Paris-Vacquier. Les religieuses, dispersées pour leurs convictions, résistent aux pressions de l’évêque Hertaud de Beaufort. À la Révolution, le couvent est confisqué, transformé en prison, puis vendu comme bien national en 1796. Les carmélites ne le récupèrent qu’en 1825, sous la Restauration.
L’intérieur de la chapelle, sobre mais élégant, se distingue par un chœur surélevé, une tribune réservée aux religieuses, et un retable du XVIIe siècle représentant La Vision de Sainte Thérèse. Le plafond, décoré en 1684 et restauré en 1889 par Paul Noël Lasseran, arbore des nervures gothiques et les armes du Carmel et de France, offertes par Louise de France, fille de Louis XV. Ces éléments artistiques soulignent son lien avec la chapelle des Carmélites de Toulouse, construite à la même époque.
Le couvent, ceint de murs et organisé autour d’un jardin en terrasses, occupe un îlot entre les rues Marès, Soulès et Montebello. Son portail, surmonté d’une niche abritant une statue de la Vierge (XIXe siècle), et ses passages couverts (dont un détruit à la Révolution) témoignent de son adaptation à la clôture monastique. Après des destructions partielle, l’aile nord est reconstruite au XIXe siècle, préservant certaines ouvertures d’origine.
Classée Monument historique en 1996, la chapelle illustre l’histoire religieuse et politique de Lectoure, entre dévotion carmélitaine, conflits jansénistes et bouleversements révolutionnaires. Son décor, mêlant héritage du XVIIe siècle et restaurations du XIXe, en fait un exemple rare de patrimoine conventuel préservé en Occitanie.