Origine et histoire de la Chapelle des Dominicains
La chapelle des Dominicains de Viviers, aussi appelée chapelle Notre-Dame-du-Rhône, trouve ses origines dans une première église fondée avant le VIe siècle, où fut enterré l'évêque Venance de Viviers en 544. Ce site religieux, détruit et reconstruit à plusieurs reprises, fut occupé par des bénédictines au VIIe siècle, puis par des dominicaines de Sainte-Catherine-de-Sienne à partir de 1624. Ces dernières entreprirent une reconstruction majeure entre 1732 et 1743, sous la direction de l'architecte Jean-Baptiste Franque et de l'entrepreneur Claude Projet, avec le soutien de l'évêque de Viviers.
La nouvelle chapelle, dont la première pierre fut posée en 1734, fut bénie en 1738 et consacrée le 11 octobre 1739. Son architecture sobre, marquée par une élévation élégante et des éléments sculptés discrets, s'inspire des réalisations de Franque en Provence. Le coût total des travaux s'éleva à 37 000 livres tournois. À la Révolution, le monastère fut saisi comme bien national, puis converti en entrepôt, fabrique de carrelage, et enfin en école à partir de 1908. L'édifice, jamais désacralisé malgré ses usages profanes, fut classé monument historique en 1967, avec des protections complémentaires en 2020 et 2024.
Le chœur des religieuses, séparé de la nef après la Révolution, présente une voûte plate à double arêtiers sur pendentifs, caractéristique de l'art de Franque. Les façades, en pierre calcaire locale, allient verticalité et classicisme, avec des pilastres ioniques et un fronton triangulaire. L'intérieur, dépouillé de son mobilier d'origine, conserve une nef unique voûtée en arc-de-cloître à lunette, éclairée par une baie axiale. Les graffitis et aménagements ultérieurs témoignent des multiples réaffectations du site, aujourd'hui partagé entre une association diocésaine et la commune de Viviers, qui œuvre à sa réhabilitation.
Les fouilles menées lors de la reconstruction de 1625 révélèrent des tombeaux à inscriptions ariennes, soulignant l'ancienne occupation du site. Le couvent, agrandi entre 1733 et 1743, intégra des bâtiments préexistants, comme le réfectoire aménagé dans l'ancien cloître. Après la Révolution, la division cadastrale sépara définitivement le chœur des religieuses de la nef, tandis que les combles, soutenus par des piliers de brique, abritaient autrefois les dortoirs. La chapelle s'inscrit dans un ensemble architectural cohérent avec d'autres réalisations de Franque, comme la chartreuse de Valbonne ou l'hôpital Sainte-Marthe d'Avignon.
Aujourd'hui, la chapelle Notre-Dame-du-Rhône, bien que vidée de son mobilier liturgique, conserve une forte valeur patrimoniale. Son porche d'entrée, ses arcatures et sa passerelle, classés en 2024, complètent la protection initiale de 1967. La municipalité, propriétaire du chœur des religieuses depuis 2018, collabore avec l'association diocésaine pour restaurer ce témoignage rare de l'architecture religieuse féminine du XVIIIe siècle en Ardèche, tout en préservant les traces de ses usages successifs, de l'entrepôt industriel à l'école actuelle.