Origine et histoire de la Chapelle des Jésuites
La chapelle des Jésuites de Cambrai est une église baroque construite entre 1679 et 1692, en annexe d’un collège jésuite fondé au XVIe siècle. Elle remplace une première chapelle gothique édifiée en 1574-1575, dédiée à Saint-Michel-Archange, sur demande de l’archevêque Maximilien de Berghes. Ce collège, ouvert en 1563, accueillait aussi un séminaire, bien que le projet ait été abandonné faute de ressources humaines. L’architecture de la nouvelle chapelle, conçue par le frère jésuite Jean Bégrand, reflète l’influence du Concile de Trente et les besoins pastoraux croissants.
Au XVIIIe siècle, les jésuites sont expulsés de France en 1764, et la chapelle, inventoriée en décembre 1764, est abandonnée en avril 1765. Pendant la Révolution, elle sert de prison puis de magasin de fourrage, tandis que le collège devient un tribunal révolutionnaire. Les bâtiments, vendus comme biens nationaux en 1796, sont réquisitionnés pour loger des troupes. La chapelle, classée monument historique en 1920, est rachetée par le diocèse en 1927 et transformée en musée d’art religieux en 1958.
La chapelle a connu plusieurs usages après sa désaffectation cultuelle : caserne en 1906, salle de cinéma pendant la Première Guerre mondiale, puis lieu de culte temporaire lors de la reconstruction de la cathédrale de Cambrai (1918-1931). Son classement progressif entre 1920 et 2012 protège ses éléments architecturaux, dont la façade baroque, les escaliers en bois, et la salle du Tribunal Révolutionnaire. Aujourd’hui, elle abrite des collections d’objets religieux et reste un témoignage de l’histoire jésuite et révolutionnaire de la région.
La construction de la chapelle s’inscrit dans un contexte de renouveau catholique post-Trente, marqué par une architecture ostentatoire et une décoration intérieure riche, réalisée tout au long du XVIIIe siècle. Son architecte, Jean Bégrand, supervise un chantier lent, achevé seulement en 1694. Les financements proviennent en partie du legs de l’archevêque van der Burch (1616-1644), illustrant l’importance des mécènes ecclésiastiques dans les projets jésuites.
Après la Révolution, l’évêque Louis Belmas rachète les lieux en 1836 pour y installer le grand séminaire du diocèse. La chapelle, reconsacrée en 1838, retrouve une vocation religieuse jusqu’à la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. Son histoire récente inclut une utilisation comme décor pour la bande-annonce du jeu Diablo 4, soulignant son attrait patrimonial et culturel contemporain.