Origine et histoire de la Chapelle des Pénitents
La chapelle des Pénitents, initialement église Saint-Dominique, fut fondée au début du XIVe siècle sous l’impulsion de l’évêque de Lodève, Jacques de Cabrerets (1318–1322), ancien dominicain sacré par le pape Jean XXII. Ce dernier avait créé vingt couvents de l’ordre des Prêcheurs par une bulle de 1317, dont celui de Clermont-l’Hérault. Le baron Béranger VI de Guilhem offrit le terrain bordant le ruisseau du Rhônel, et la première pierre fut posée en avril 1321. Des dons, comme ceux d’Arnaud de Lauzières, permirent une construction rapide : l’abside et quatre travées de la nef furent achevées dès 1356. Les tensions entre les barons de Clermont (soutenant le couvent) et les consuls (soutenant la collégiale Saint-Paul) expliquent peut-être l’ampleur du projet, conçu pour attirer les fidèles loin de la collégiale rivale.
Face aux pillages des Grandes Compagnies et du Prince Noir vers 1360, l’église fut fortifiée avec deux tourelles encadrant la façade ouest. Les deux travées ouest ne furent voûtées qu’à la fin du XIVe siècle, suivies par l’ajout de chapelles latérales aux XVe et XVIe siècles. Le portail ouest, doté d’un trumeau, et une rosace (non réalisée) datent de cette période. Le couvent, incluant jardin, verger et moulin à huile, fut dévasté pendant les guerres de Religion : incendié par les protestants en 1568, puis démoli en 1588. L’église, moins endommagée, survécut. En 1594, le réformateur dominicain Sébastien Michaëlis y rétablit la vie monastique, reconstruisant le couvent et consolidant les voûtes (vers 1665–1666). Les Dominicains jouèrent un rôle clé dans la reconquête catholique locale, prêchant et administrant les sacrements dans une ville majoritairement huguenote.
À la Révolution, le couvent fut vendu comme bien national (1791) et transformé en salle politique puis en magasin de salpêtre. Devenue propriété communale, l’église abritera une confrérie de Pénitents bleus de 1808 à 1905, marquant durablement la mémoire locale au point d’éclipser son origine dominicaine. Utilisée comme marché pendant la Seconde Guerre mondiale, puis comme garage municipal (perte du portail à trumeau), elle fut restaurée pour devenir un espace polyvalent. Inscrite aux Monuments Historiques en 1939, son plan traditionnel méridional comprend une nef unique de six travées, une abside à sept pans, et des chapelles latérales. Ses dimensions (50,46 m de long, 1 300 m2) témoignent de son ambition passée.