Origine et histoire de la Chapelle des Sept-Saints
La chapelle des Sept-Saints, située dans le hameau éponyme du Vieux-Marché (Bretagne), est dédiée aux Sept Dormants d’Éphèse, figures saintes partagées par chrétiens et musulmans. Construite entre 1703 et 1714 sous l’impulsion de Yves Le Denmat, elle remplace un édifice antérieur devenu trop exigu pour accueillir les pèlerins. Son originalité réside dans sa crypte-dolmen, un mégalithe du IIIe millénaire av. J.-C. réutilisé comme oratoire souterrain, classé Monument historique dès 1889. La chapelle, de plan en croix latine, intègre ce dolmen sous son transept sud, tandis que des statues sulpiciennes du XVIIIe siècle représentent les sept saints dans des costumes anachroniques.
Le site est lié à une source-lavoir aux sept canaux, probablement un ancien lieu de culte païen, et à une gwerz bretonne du XVIIe siècle évoquant la dormition miraculeuse des saints. Le pèlerinage, tombée en désuétude au XXe siècle, fut relancé en 1954 par l’orientaliste Louis Massignon, qui y vit un pont entre christianisme et islam via la sourate 18 du Coran (dite de la Caverne). Depuis, un pèlerinage islamo-chrétien annuel unit fidèles des deux religions autour de processions, d’un tantad (feu de joie), et de lectures coraniques près de la fontaine sacrée. En 1965, la chapelle reçut une cloche offerte par l’ancienne cathédrale d’Alger, symbole d’unité.
Classée Monument historique en 1956, la chapelle conserve des éléments architecturaux modestes (maçonnerie « vulgaire » selon Luzel) mais un mobilier remarquable : statues des saints en bottes à l’écuyère, un saint Michel terrassant le dragon, et un autel dédié à saint Isidore, patron des laboureurs. Le dolmen-crypte, décrit par François-Marie Luzel en 1878, abrite sept statuettes primitives en pierre, objets d’une dévotion particulière. Le site illustre ainsi la superposition de couches historiques : mégalithique, païenne, chrétienne et islamique, tout en témoignant des échanges culturels entre Orient et Occident via les routes de l’étain.
L’origine du culte des Sept-Saints au Vieux-Marché reste hypothétique. Ernest Renan et Luzel y voient une introduction par des moines grecs accompagnant les marchands d’étain au IIIe siècle, tandis que la gwerz bretonne, chantée en procession, affirme que la grotte daterait « de la création du monde ». Le pardon, fixé au quatrième week-end de juillet, inclut désormais des colloques interreligieux et une cérémonie musulmane à la fontaine, où la sourate 18 est psalmodiée. Ce syncrétisme unique en France en fait un lieu de mémoire vivante, entre légende orientale et tradition bretonne.