Origine et histoire de la Chapelle des Templiers
La chapelle des Templiers de Metz, construite entre 1180 et 1220, est l’unique vestige d’une commanderie templière fondée au XIIe siècle dans cette ville libre du Saint-Empire romain germanique. Son architecture, à la frontière entre roman et gothique, se distingue par un plan octogonal centré, des murs épais, et des voûtes sur croisée d’ogives. La clef de voûte sculptée représente la colombe du Saint-Esprit, tandis que les chapiteaux ornés de rinceaux à fleur de lys évoquent des influences rhénanes ou un hommage au Saint-Sépulcre de Jérusalem. Les fresques murales, partiellement restaurées au début du XXe siècle, datent du XIVe siècle.
Les Templiers s’installent à Metz après 1147, suite à une donation liée à la prédication de Bernard de Clairvaux pour la deuxième croisade. À la fin du XIIIe siècle, ils déplacent leur siège près de l’église Saint-Pierre-aux-Nonnains. Contrairement au royaume de France, où l’ordre est dissous en 1312, les Templiers messins, protégés par les seigneurs locaux, échappent aux persécutions après leur transformation en Hospitaliers. Aucun bien ne passe aux Teutoniques, et certains commandeurs conservent leurs titres sous la nouvelle obédience.
La chapelle, classée monument historique dès 1840, échappe à plusieurs destructions : en 1556 lors de la construction de la citadelle (où elle sert de magasin à poudre), puis en 1861 grâce à l’intervention de Prosper Mérimée contre l’arsenal militaire. Au XXe siècle, elle est tour à tour station de télégraphie allemande (1882), lieu de conservation du retable d’Hattonchâtel pendant la Première Guerre mondiale, et salle d’aumônerie militaire après 1957. Aujourd’hui, elle accueille des expositions, retrouvant partiellement sa vocation originelle.
Les particularités architecturales incluent sept niches absidioles invisibles depuis l’extérieur, un chœur carré voûté en cul-de-four, et une porte au linteau sculpté de la croix pattée templière. Deux enfeus à arcatures tréflées, ajoutés postérieurement, ornent un pan de l’octogone. À proximité se trouvait autrefois une salle capitulaire du XIIIe siècle, décorée de peintures décrites par Viollet-le-Duc, démolie en 1904 après des relevés partiels conservés au musée de Metz.
Le contexte historique messin révèle une coexistence entre ordres religieux : Templiers, Hospitaliers du Petit-Saint-Jean, et Teutoniques de Sainte-Élisabeth. La ville, alors sous influence germanique, bénéficie d’une autonomie relative, expliquant la survie des Templiers locaux après 1312. Leur commanderie, bien que réduite à sa chapelle, illustre l’ancrage durable de l’ordre dans le Pays messin, malgré les bouleversements politiques et religieux du Moyen Âge.
Les restaurations successives (1864, 1908, 1927) ont préservé cet édifice emblématique, témoin des transitions entre pouvoir impérial, royal français, et occupations allemandes. Son iconographie — fresques du XIVe siècle, croix pattée — et son plan centré en font un exemple rare de l’architecture templière en Lorraine, lié à la fois aux croisades et à l’histoire locale du Saint-Empire.