Origine et histoire de la Chapelle Notre-Dame
La chapelle Notre-Dame de Châteaulin, située sur un éperon schisteux dominant l’Aulne dans le Finistère, trouve ses origines au début du XIIIe siècle. Construite à l’emplacement d’un ancien point fortifié mentionné dès le Xe siècle sous le nom de Montagne de Nin, elle servait initialement d’église paroissiale au Vieux-Bourg, un village aujourd’hui disparu. Son architecture, remodelée aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, reflète les évolutions stylistiques de chaque époque, tout en conservant une unité harmonieuse caractéristique de l’art breton. Classée Monument Historique en 1914, elle intègre un enclos paroissial complet avec arc de triomphe, ossuaire et calvaire.
L’ossuaire, attaché à la chapelle en 1575 dans un style Louis XII, abritait les ossements exhumés du cimetière et de l’église. Le porche, reconstruit en 1722 avec des éléments du XVIe siècle, arbore une inscription commémorative et des lanternons typiques de la Renaissance bretonne. Le calvaire en pierre de Kersanton, contemporain d’Henri de Navarre (fin XVIe siècle), illustre à l’est un Jugement dernier aux symboles apocalyptiques, tandis qu’à l’ouest, il représente la Crucifixion. Ces éléments, associés au clocher rehaussé en 1753, témoignent de la vitalité religieuse et artistique de la région.
À l’intérieur, trois campagnes de travaux (notamment en 1691 et 1722) ont façonné l’espace actuel, avec une nef à trois vaisseaux et un chevet polygonal. Les retables des XVIIe–XVIIIe siècles, commandés par des confréries locales, célèbrent des saints patrons comme Notre-Dame du Rosaire ou Sainte Barbe. Parmi les trésors, la tombe de Jothane de Trésiguidy (†1324), vicomtesse du Faou, découverte en 1860, rappelle les liens de la chapelle avec l’aristocratie bretonne. Un tableau de 1664, dédié aux saints Crépin et Crépinien, souligne aussi l’importance des corporations (cordonniers, tanneurs) dans son histoire.
La chapelle, déclassée comme église paroissiale à la fin du XVIIe siècle au profit de Saint-Idunet, a connu des restaurations majeures aux XIXe (1860–1862) et XXe siècles (années 1990). Son enclos, ses abords (classés en 1942), et ses éléments sculptés en font un exemple remarquable du patrimoine religieux breton, mêlant fonctions spirituelles, mémorielles et communautaires.
Le calvaire, avec son inscription partielle « GARDE... QU'IL FERA SELO(N) SES... JUGERA », évoquerait une mise en garde politique liée à la conversion d’Henri IV (1576), reflétant les tensions religieuses de l’époque en Bretagne. La chapelle, propriété de la commune, reste un lieu de mémoire et de dévotion, ouvert à la visite.