Origine et histoire de la Chapelle Notre-Dame de Kergoat
La chapelle Notre-Dame de Kergoat, située dans le hameau de Kergoat à Quéménéven (Finistère), fut construite vers 1560 sur un terrain appartenant à Julien du Cleuz, marquis du Gage. Son architecture juxtapose des arcades gothiques flamboyantes intérieures, d’une hauteur exceptionnelle, et une façade extérieure marquée par des frontons arrondis et des contreforts monumentaux. La chapelle, lieu de pèlerinage réputé pour la guérison des hémorragies, tirait ses revenus des offrandes des fidèles et des foires locales. Elle abritait deux confréries : « Jésus agonisant » (attestée dès 1695) et celle du « Rosaire et du Scapulaire » (fondée en 1828).
En 1740, la flèche du clocher, détruite par la foudre, fut remplacée par un dôme et un lanternon entre 1742 et 1764, sous la direction de l’architecte Guillaume Salaun. Financés partiellement par un emprunt de la fabrique du Ménez-Hom, ces travaux marquèrent une transformation majeure. La chapelle, vendue comme bien national en 1796, fut rachetée en 1804 et rouverte au culte. Son orgue fut réparé en 1852. Le site conserve un calvaire mutilé du XVIe siècle, inscrit aux monuments historiques en 1926, ainsi qu’un cimetière entouré de chênes séculaires, partiellement abattus en 1930 malgré des protestations.
Notre-Dame de Kergoat était invoquée contre les maladies du sang, en raison d’un jeu de mots entre Ker Goad (« village du bois ») et gwad (« sang » en breton). Le grand Pardon, célébré chaque année le dimanche suivant le 15 août, attirait des pèlerins de toute la Cornouaille, tandis qu’un « Petit Pardon » avait lieu au XIXe siècle. La chapelle abritait des vitraux médiévaux remarquables, représentant des scènes bibliques, ainsi que deux tableaux du peintre François Valentin (1772–1774), aujourd’hui disparus ou endommagés par l’humidité. Des statues, comme celles de sainte Marguerite ou saint François, et des tombes de familles nobles (Poulpiquet de Brescanvel, La Roque Trémaria) y sont toujours visibles.
Le peintre Jules Breton assista au pardon de 1890, immortalisant la procession dans une œuvre. Une fontaine dédiée à Notre-Dame, près de la montagne de Locronan, est associée à la Grande Troménie, pèlerinage se déroulant tous les six ans. En 1920, le monument aux morts de Quéménéven fut érigé sur le placître de la chapelle, soulignant son ancrage dans la mémoire locale. Classée monument historique en 1935, la chapelle reste un témoignage majeur du patrimoine religieux breton, mêlant art, histoire et traditions populaires.