Origine et histoire de la Chapelle Notre Dame de la Salette
La chapelle Notre-Dame de la Salette s’élève sur le mont Pipet, à Vienne (Isère), un site occupé dès l’Antiquité. Aux IIIe et IVe siècles, les Romains y aménagent un oppidum sacré, doté de temples et d’un hémicycle monumental de 125 m de long, relié visuellement au théâtre et au forum en contrebas. Les murs de soutènement, encore visibles, témoignent de son importance comme aire religieuse et stratégique le long d’une voie gauloise. Ce site, classé Monument Historique en 1927 et 1944, illustre l’urbanisme romain dans la région.
Au Moyen Âge, le mont Pipet devient une forteresse médiévale, disputée entre les rois de Bourgogne, l’Église de Vienne (qui en prend possession en 1023), puis les chanoines et l’archevêque à partir du XIIIe siècle. Les conflits se poursuivent jusqu’au XVIIe siècle, lorsque Richelieu ordonne la destruction des places fortes du Dauphiné en 1633, rasant les fortifications de Pipet et de la Bâtie voisine. Le site, abandonné, conserve cependant ses vestiges antiques et médiévaux.
La renaissance du lieu intervient au XIXe siècle, marqué par une dévotion mariale croissante. En 1858, une statue de la Vierge, en pierre de Volvic, est érigée sur une tour en briques, suivie en 1873 par la construction de la chapelle actuelle, dédiée à Notre-Dame de La Salette. Conçue par l’architecte Abel Jouffray, elle commémore les apparitions mariales de 1846 en Dauphiné. Ses vitraux célèbrent l’histoire chrétienne viennoise, des martyrs aux évêques, tandis que la colline abrite aussi un cimetière patrimonial au dénivelé marqué.
Le quartier de Pipet, entre les monts Pipet et Sainte-Blandine, conserve ainsi une stratification historique unique : de l’oppidum romain au lieu de pèlerinage contemporain, en passant par une forteresse médiévale. Classée ville d’art et d’histoire, Vienne y préserve un patrimoine à la fois religieux, militaire et urbain, reflétant deux millénaires d’occupation continue.
Les protections successives (1927 pour l’oppidum, 1944 pour les murs romains, 1946 pour les parcelles) soulignent la valeur archéologique du site. Aujourd’hui, la chapelle et son environnement offrent un panorama sur la ville, tout en rappelant les transformations du mont Pipet, de son rôle sacré antique à sa vocation spirituelle moderne.