Origine et histoire
La chapelle Notre-Dame de Pouey-Laün, surnommée capèra daurada (« chapelle dorée »), trouve ses origines au XIIe siècle avec la fondation d’un oratoire sur le lieu d’une apparition mariale. Ce site, situé sur la via Tolosane des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, devint rapidement un lieu de dévotion pour les pèlerins empruntant le col du Somport. Les premières traces écrites, datant de 1549-1550, confirment son ancrage dans la tradition religieuse bigourdane, mêlant légendes locales et ferveur populaire.
Au XVIIe siècle, la chapelle subit les aléas de l’histoire : un séisme en 1660 endommage partiellement l’oratoire, révélant la vulnérabilité des constructions pyrénéennes face aux catastrophes naturelles. Ce contexte de fragilité contraste avec l’essor du pèlerinage, déjà bien établi grâce à la position stratégique du sanctuaire sur un axe majeur de circulation médiévale. Les réparations entreprises reflètent l’attachement des communautés locales à ce lieu sacré, malgré les ressources limitées de l’époque.
La transformation majeure intervient en 1717, lorsque l’afflux croissant de pèlerins impose la conversion de l’oratoire en une église à part entière. Ce chantier, mené au début du XVIIIe siècle, s’inscrit dans un mouvement plus large de rénovation des sanctuaires pyrénéens, souvent financés par les dons des fidèles. Cependant, la Révolution française bouleverse son destin : utilisé comme caserne en 1793, puis vendu comme bien national en 1795, l’édifice incarne les tensions entre patrimoine religieux et idéaux républicains.
La chapelle doit sa résurrection en 1808 à l’intervention d’Hortense de Beauharnais, mère de Napoléon Louis Charles Bonaparte, qui obtient sa réouverture à condition d’y célébrer une messe annuelle en mémoire de son fils décédé. Cette protection impériale permet à l’évêque de Tarbes, Monseigneur Laurence, d’engager des restaurations et de confier la gestion aux Pères de Garaison, une congrégation locale dédiée à l’éducation et à la prédication. Leur présence, jusqu’en 1903, marque une période faste avec l’ouverture d’un collège formant une cinquantaine de prêtres pour le diocèse.
Au XIXe siècle, les conflits européens laissent leur empreinte : entre 1812 et 1813, pendant la guerre d’Espagne, le sanctuaire redevient une caserne, illustrant le rôle ambigu des édifices religieux en temps de crise. Après 1856, les Missionnaires de l’Immaculée Conception y établissent un noviciat, avant que les locaux ne soient convertis en sanatorium après la Première Guerre mondiale, puis en institut médical en 1973. Cette adaptation reflète les mutations sociales des Pyrénées, où les lieux de culte deviennent des espaces de soin.
La chapelle se distingue par son retable attribué à Marc Ferrère, un exemple remarquable de l’art baroque bigourdan, ainsi que par sa nef et son chœur harmonieux, typiques de l’architecture religieuse montagneuse. La chapelle latérale dédiée à sainte Anne, ajoutée ultérieurement, témoigne de la dévotion persistante envers les saints protecteurs des voyageurs. Classée monument historique en 1954, elle incarne aujourd’hui un patrimoine à la fois spirituel, historique et paysager, inscrit dans les itinéraires du GR10 et des chemins de Compostelle.
Son histoire, marquée par des reconversions successives (caserne, école, sanatorium), révèle une résilience exceptionnelle, caractéristique des sanctuaires pyrénéens. La capèra daurada reste un symbole de la foi populaire, mais aussi un témoin des bouleversements politiques et sociaux qui ont façonné les Hautes-Pyrénées. Son classement et sa fréquentation actuelle en font un joyau du patrimoine occitan, à la croisée des héritages médiéval, révolutionnaire et contemporain.
Enfin, son intégration dans le paysage culturel local, entre pèlerinage, tourisme et mémoire, en fait un lieu vivant, bien au-delà de sa vocation religieuse initiale. Les restaurations régulières et les études archéologiques récentes soulignent son importance pour comprendre l’évolution des pratiques dévotionnelles et des techniques constructives dans le sud-ouest de la France. Aujourd’hui, elle attire autant les randonneurs que les amateurs d’art sacré, perpétuant une tradition vieilles de neuf siècles.