Origine et histoire de la Chapelle Notre-Dame-du-Haut
La chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp, située sur la colline de Bourlémont, remplace un sanctuaire médiéval dédié à la Vierge, lui-même bâti sur les ruines d’un temple romain. Détruite par un incendie en 1913 puis par les bombardements de 1944, sa reconstruction est confiée à Le Corbusier en 1950. L’architecte, bien que non croyant, accepte le projet séduit par la beauté du site, déclarant : « Quand je me suis trouvé devant ces quatre horizons, je n’ai pu hésiter. »
La construction, financée en partie par les habitants de Ronchamp — une région minière en déclin —, s’étend de 1953 à 1955. Le Corbusier conçoit un édifice en béton projeté, aux formes courbes inspirées d’une carapace de crabe et du paysage vosgien. La chapelle est consacrée le 25 juin 1955 par l’archevêque de Besançon, Marcel-Marie Dubois. Son architecture révolutionnaire, mêlant lumière tamisée, vitraux colorés et volumes sculpturaux, en fait une œuvre majeure de l’art sacré moderne.
Classée Monument historique en 1967 et labellisée « Patrimoine du XXe siècle » en 1999, la chapelle est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2016 parmi 17 réalisations de Le Corbusier. Le site évolue avec l’ajout d’un campanile par Jean Prouvé (1975) et d’une porterie avec couvent par Renzo Piano (2011), malgré des polémiques sur leur intégration. Un vitrail signé de Le Corbusier est détruit en 2014, déclenchant une campagne de restauration.
La chapelle, toujours lieu de pèlerinage (notamment le 8 septembre pour la Nativité de la Vierge), accueille aussi des événements culturels. Son architecture, à la fois massive et aérienne, joue avec les contrastes : murs épais percés de lumière, intérieurs intimistes ouverts sur les collines. Le Corbusier y exprime sa vision : « L’émotion architecturale, c’est le jeu savant des volumes assemblés sous la lumière. » Le site, géré par une association, attire aujourd’hui 90 000 visiteurs annuels.
Les matériaux — pierre de récupération, béton brut, chaux blanche — et les techniques innovantes (coque en béton armée comme une aile d’avion) reflètent les expérimentations des années 1950. La chapelle s’inscrit dans un itinéraire culturel européen dédié à Le Corbusier, créé en 2019. Des travaux de rénovation (2022–2024), financés par l’État, la région et des mécènes, visent à préserver ce joyau du patrimoine moderne, symbole de résilience et de dialogue entre foi, art et paysage.