Frise chronologique
XIIIe siècle
Début des fondations
Début des fondations
XIIIe siècle (≈ 1350)
Premiers piliers soutenant la tour actuelle.
1345-1375
Construction gothique verticale
Construction gothique verticale
1345-1375 (≈ 1360)
Transept, chœur et élévation nord édifiés.
3 mai 1375
Incendie anglais
Incendie anglais
3 mai 1375 (≈ 1375)
Destruction partielle lors de la guerre de Succession.
1399
Achèvement de la façade ouest
Achèvement de la façade ouest
1399 (≈ 1399)
Fin des travaux du XIVe siècle.
ca. 1439-1472
Couronnement de la flèche
Couronnement de la flèche
ca. 1439-1472 (≈ 1456)
Ajout de l’étage des cloches et clochetons.
1680
Légation aux Lazaristes
Légation aux Lazaristes
1680 (≈ 1680)
Devenue chapelle du Grand Séminaire.
1807
Restauration napoléonienne
Restauration napoléonienne
1807 (≈ 1807)
Flèche sauvée par décret de Napoléon Ier.
1840
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1840 (≈ 1840)
Première liste de Prosper Mérimée.
1993
Rénovation moderne
Rénovation moderne
1993 (≈ 1993)
Restauration des gargouilles et intérieurs.
2014
Vitrail contemporain
Vitrail contemporain
2014 (≈ 2014)
Rosace de Kim En Joong inaugurée.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Eglise (cad. AM 6) : classement par liste de 1840
Personnages clés
| Jean IV de Bretagne - Duc de Bretagne |
Finança partiellement la construction. |
| Yves (évêque de Léon) - Évêque du XIIIe siècle |
Promut la reconstruction après 1277. |
| Pierre Benoît - Évêque de Léon (1344) |
Consacra la cathédrale voisine. |
| Jean Prigent - Évêque de Léon (1436-1439) |
Armes sculptées dans la clef de voûte. |
| Vauban - Ingénieur militaire |
Qualifia le clocher de « hardi ». |
| Napoléon Ier - Empereur des Français |
Ordonna la restauration en 1807. |
| Kim En Joong - Artiste dominicain |
Auteur du vitrail contemporain (2014). |
Origine et histoire
La chapelle Notre-Dame du Kreisker, située au cœur de Saint-Pol-de-Léon en Bretagne, est un édifice emblématique de l’architecture religieuse bretonne des XIVe et XVe siècles. Son clocher de granit, haut de 78 mètres, est le plus élevé de Bretagne et incarne l’audace architecturale médiévale, mêlant influences normandes (flèche inspirée de Saint-Pierre de Caen) et anglaises (style Perpendicular). Fondée sur l’emplacement d’un oratoire antique dédié à la Vierge, sa construction débuta au XIIIe siècle, mais les travaux majeurs eurent lieu entre 1345 et 1472, sous l’impulsion des corporations marchandes et de l’évêque de Léon. La chapelle servit tour à tour d’hôtel de ville, de salle capitulaire pour les confréries, et de lieu de culte marial pour les pèlerins du Tro Breiz.
La tour, achevée vers 1440, fut conçue comme un symbole de pouvoir municipal et religieux, intégrant des salles de garde et un système de guet. Son désaxement vers le sud s’explique par les contraintes urbaines, notamment la rue Verderel, voie antique bordant l’édifice. Endommagée par des incendies (1375) et la foudre (1630, 1770), elle fut restaurée sous Napoléon Ier en 1807 pour son rôle d’amer maritime. À partir de 1680, la chapelle devint la chapelle scolaire du Grand Séminaire, puis du Collège de Léon, avant d’être classée Monument Historique en 1840. Son porche nord, chef-d’œuvre sculptural du XVe siècle, et ses vitraux détruits lors de la Révolution, témoignent de son riche passé.
L’intérieur, marqué par une nef à trois travées et un chœur désaxé, abritait autrefois plus de vingt autels privés financés par les corporations (armateurs, orfèvres, tailleurs). Les vitraux armoriés, martelés en 1794, furent remplacés au XXe siècle par des créations contemporaines, comme la rosace de Kim En Joong (2014). La chapelle, propriété de la ville depuis le XIXe siècle, reste un lieu de mémoire et de culture, géré en partie par l’association Les Amis du Kreisker. Son clocher, bien que « muet » depuis la Révolution, domine toujours le paysage léonnais, symbole d’un patrimoine à la fois religieux, municipal et maritime.
L’étymologie du nom Kreisker (ou Creisker) reflète son implantation au « centre de la ville » (kreiz kear en breton), bien que des hypothèses alternatives évoquent un lien avec le « bas de la ville » (Ker-iz-ker) ou un crucifix (Christ Caer). Les archives médiévales utilisent l’orthographe Creizkaer, confirmant son ancrage dans le tissu urbain depuis l’Antiquité, à la croisée du cardo et du decumanus romains. La légende locale attribue sa fondation à un seigneur repentant du VIe siècle, mais les premières traces architecturales datent du XIIIe siècle, avec une reconstruction majeure après l’incendie de 1375.
Classée dès 1840 par Prosper Mérimée, la chapelle a bénéficié de restaurations au XIXe et XXe siècles, bien que l’humidité menace aujourd’hui ses murs intérieurs. Son porche nord, sculpté par le Grand atelier ducal du Folgoët, et sa flèche ajourée, décrite par Vauban comme un « morceau d’architecture le plus hardi », en font un modèle pour les clochers bretons. La chapelle illustre aussi les tensions sociales du Bas Moyen Âge, où bourgeois, clergé et noblesse se disputaient son usage, avant qu’elle ne devienne un lieu d’enseignement sous les Lazaristes (1680-1970).