Origine et histoire de la Chapelle Saint-Gabriel
La chapelle Saint-Gabriel est un édifice roman situé au sud-est de Tarascon, près de Saint-Étienne-du-Grès, dans le département des Bouches-du-Rhône en région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Datée du troisième quart du XIIe siècle, elle est considérée comme l’un des plus beaux exemples d’art roman provençal inspiré par l’Antiquité, au même titre que plusieurs autres monuments régionaux. La chapelle occupe l’emplacement de l’ancien carrefour d’Ernaginum, point de rencontre de voies antiques — via Domitia, via Aurelia et via Agrippa — qui menaient à la traversée du Rhône. Aujourd’hui elle se dresse le long de la route de Fontvieille ; le lieu a porté successivement les noms de Bergine, Ernaginum puis Saint-Gabriel.
Un cippe funéraire trouvé dans l’église atteste la présence, à l’époque impériale, d’une activité de navigation et de transbordement : Julia Nice y dédie la mémoire de Marcus Frontonius Euporus, qui fut sévir augustal de la colonie Julia Augusta, naviculaire marin à Arles, curateur et patron des nautes de la Durance et des utriculaires d’Ernaginum, ces derniers assurant le transport des marchandises sur des radeaux soutenus par des outres gonflées. Le franchissement d’une zone marécageuse voisine nécessitait les services de ces nautes et utriculaires, qui permettaient la circulation des marchandises venues des Alpes sur la Durance et le Rhône. Les fouilles autour de la chapelle ont mis au jour des fondations d’habitations et un cimetière paléochrétien, témoignant de l’importance de l’agglomération antique et de la continuité des activités au-delà des invasions.
Une chapelle antérieure, dédiée à saint Philippe, aurait été édifiée au VIIe ou au IXe siècle, mais elle a été détruite par la route de Fontvieille. Saint-Gabriel est mentionné en 1030 dans une charte de l’abbaye Saint-Victor de Marseille ; à cette époque le village était protégé par une haute tour. Au XIIe siècle la communauté disposait encore de ressources suffisantes pour confier la construction de l’église à un maître d’œuvre expérimenté, avant que le déclin n’intervienne avec l’assèchement progressif du marais et l’exode des habitants vers d’autres lieux. Aucun document ne fixe la date exacte de construction de la chapelle, mais l’analyse stylistique rapproche son architecture et sa sculpture de la galerie nord du cloître de Saint-Trophime d’Arles et du portail occidental de la cathédrale Notre-Dame de Saint-Paul-Trois-Châteaux ; selon les études d’Alain Borg, le maître de Saint-Gabriel aurait travaillé d’abord à Saint-Trophime puis au portail de Saint-Paul-Trois-Châteaux, ce qui conduit à situer la construction autour de 1175. La période correspond à une recherche de classicisme par les architectes provençaux encore familiers des vestiges romains d’Arles.
Propriété de la commune, la chapelle Saint-Gabriel figure sur la première liste des monuments historiques dressée en 1840 ; elle fut proposée pour le classement par Prosper Mérimée en même temps que le cloître de Saint-Trophime d’Arles.
La façade, inspirée des décorations romaines du Bas-Empire, présente une composition complexe : un petit portail inscrit dans un second, surmonté d’un fronton triangulaire à l’antique, le tout abrité sous un grand arc de décharge en plein cintre, lui-même couronné par un oculus entouré du tétramorphe et logé sous un arc brisé. Le premier portail est encadré par deux colonnes aux chapiteaux à feuilles d’acanthe, avec des frises d’oves et de méandres ; il est surmonté d’un tympan sculpté bordé d’une frise d’oves. Le second portail, qui englobe le premier, est flanqué de colonnes à l’origine cannelées et couronné par un fronton orné de frises d’oves et de feuilles d’acanthe. L’arc en plein cintre s’appuie sur des corniches sculptées d’acanthes et est également bordé d’une frise d’oves, tandis que l’oculus comporte plusieurs registres décoratifs dont deux à motif d’acanthe.
La décoration sculptée associe motifs antiques et compositions romanes. Le tympan du premier portail représente à gauche la scène de Daniel dans la fosse aux lions (scène présentée dans le texte comme liée à l’annonce messianique par Gabriel) et à droite la chute d’Adam et Ève autour de l’Arbre de la connaissance entouré du Serpent. Le fronton triangulaire du second portail porte un bas-relief disposé en trois arcades où figurent, à gauche et au centre, l’Annonciation et, à droite, la Visitation ; l’ensemble est surmonté d’un agneau pascal. L’oculus est encadré par le tétramorphe — l’aigle de saint Jean en haut, l’ange de saint Matthieu en bas, le lion de saint Marc à gauche et le taureau de saint Luc à droite — une disposition rappelant une réminiscence carolingienne.
Le chevet est pentagonal, sobre et non décoré, recouvert de dalles calcaires. À l’intérieur, la lumière et la richesse du portail laissent place à la simplicité : une nef unique, rectangulaire, divisée en trois travées voûtées en berceau et séparées par des arcs doubleaux à double ressaut appuyés sur des piédroits qui descendent jusqu’au sol. Les murs gouttereaux sont animés par des arcatures aveugles en plein cintre ; l’abside est semi-circulaire à l’intérieur, à pans coupés à l’extérieur, et couverte d’un cul-de-four.