Origine et histoire de la Chapelle Saint-Herbot de Saint-Herbot
La chapelle Saint-Herbot, située dans le hameau éponyme sur la commune de Plonévez-du-Faou (Finistère), trouve son origine à la fin du XIVe siècle, après la destruction d’un édifice roman antérieur lors de la guerre de Succession de Bretagne. En 1389, le pape Urbain VI accorde des indulgences pour financer sa reconstruction, soutenue par la famille ducale de Bretagne, notamment Jean V et Anne de Bretagne. Ce sanctuaire, dédié à saint Herbot — un ermite britannique du VIIIe siècle réputé pour protéger les bovins — devient un lieu de pèlerinage majeur, attirant foires et marchés grâce à sa position stratégique sur les routes cornouaillaises.
Entre la fin du XVe et le milieu du XVIe siècle, la chapelle subit plusieurs campagnes de réaménagement qui lui donnent son aspect actuel. Le porche méridional, achevé vers 1508, s’inspire des modèles léonards comme celui du Folgoët, tandis que la tour-clocher (1516) et la chapelle Sainte-Barbe (1545) empruntent leur style à la cathédrale de Quimper. Les vitraux du chevet, signés du maître-verrier Thomas Quéméner en 1556, ainsi que la clôture du chœur et ses stalles sculptées (vers 1575-1580), illustrent l’influence de la Renaissance française. Le calvaire, érigé en 1575, complète cet ensemble remarquable, classé Monument Historique dès 1902.
L’histoire de la chapelle est aussi marquée par des restaurations successives, comme celles de la charpente en 1974 ou de la tour en 2002. Au XIXe siècle, Prosper Mérimée contribue à sa sauvegarde en obtenant des subventions pour réparer le clocher, lézardé depuis 1774. Les vitraux, restaurés en 1886 par l’atelier du Carmel du Mans, et les éléments intérieurs (tombeau de saint Herbot, porte-cierges en fer forgé) témoignent de la richesse artistique du lieu. Aujourd’hui, la chapelle reste un lieu de culte actif, intégré à la paroisse « Saint-Herbot en Centre Finistère », et un témoignage exceptionnel de l’art religieux breton entre Moyen Âge et Renaissance.
Architecturalement, la chapelle se distingue par son plan à trois nefs, ses arcades presque en plein cintre inspirées de l’école de Pont-Croix, et son décor préservé (vitraux, stalles, clôture de chœur). Le porche sud, orné des armoiries des ducs de Bretagne et de statues des Apôtres, et la tour-clocher de 31 mètres, copiée sur celle de Quimper, en font un modèle pour d’autres édifices bretons. Les matériaux utilisés — schiste bleu, grès, et granite de Huelgoat — reflètent les ressources locales et les phases de construction, depuis le XIVe siècle jusqu’aux ajouts Renaissance.
Le site conserve également des traditions liées à saint Herbot, comme le pardon annuel où les éleveurs déposaient des poils de queue de bovins sur une table de granite pour obtenir sa protection. Classée parmi les plus beaux ensembles paroissiaux de Bretagne, la chapelle Saint-Herbot synthétise cinq siècles d’histoire religieuse, artistique et sociale, tout en restant ancrée dans la vie locale contemporaine.