Origine et histoire de la Chapelle Saint-Igny
La chapelle Saint-Igny, située à Villers-le-Sec en Haute-Saône, est l’un des rares exemples conservés d’architecture romane dans le département. Fondée à la fin du XIIIe siècle, elle dépendait initialement de la commune voisine de Noroy-le-Bourg, où les évêques de Besançon possédaient un domaine temporel depuis le XIIe siècle. Son origine est liée à la création d’un hospitium (lieu d’accueil pour les pauvres et malades), reflétant l’engagement caritatif de l’Église médiévale face aux épidémies et famines, comme le mal des ardents. La chapelle était dédiée à saint Aignan, huitième évêque de Besançon, associé aux reliques des saints guérisseurs Ferjeux et Ferréol.
Un texte du XIVe siècle mentionne son rattachement aux revenus du chapitre de Besançon par l’archevêque Eudes de Rougemont. Le domaine, exploité en asensement (bail emphytéotique), fut concédé en 1291 au clerc Nicolas, chargé d’entretenir le mobilier et les instruments agricoles, sous condition de laisser une charrue en cas de départ. Aujourd’hui, il ne subsiste que la chapelle, inscrite aux monuments historiques en 1979. Son intérieur abrite un Christ en croix du XIIIe siècle, une Vierge à l’Enfant du XVe siècle, et une statue de saint Aignan de la même époque.
L’édifice, à nef unique de deux travées, présente des éléments roman tardifs : chapiteaux sculptés, arc triomphal séparant la nef de l’abside en cul-de-four, et cinq baies éclairant l’espace. Huit contreforts soutiennent la toiture en lave. Une tombe anonyme, ornée d’une croix en relief, rappelle son usage funéraire. Propriété communale, la chapelle témoigne de l’histoire religieuse et sociale de la Bourgogne-Franche-Comté, entre dévotion, assistance aux pauvres et gestion seigneuriale.
La chapelle illustre aussi la transition entre les styles roman et gothique, avec des décors sobrement sculptés et une structure adaptée à un usage hospitalier. Son mobilier, partiellement conservé, évoque la piété médiévale et le culte des reliques, central dans la christianisation des campagnes. Le site, bien que modeste, offre un éclairage sur les réseaux d’assistance ecclésiastiques avant l’émergence des hôpitaux laïcs.
Aujourd’hui, la chapelle Saint-Igny reste un lieu patrimonial méconnu, mais représentatif des petites fondations religieuses rurales. Son inscription en 1979 a permis de préserver un témoignage matériel des pratiques caritatives médiévales et de l’architecture religieuse de la Haute-Saône, souvent éclipsée par les grands édifices urbains.