Origine et histoire de la Chapelle Saint-Jean-Baptiste de Lantierne
La chapelle Saint-Jean-Baptiste de Lantierne, située au lieu-dit Lantiern à Arzal (Morbihan), est un édifice religieux dont les origines remontent au XIIe siècle. Elle fut initialement construite à l’époque romane et appartenait aux Templiers dès 1182, comme en témoigne une charte du duc de Bretagne. Après la dissolution de l’Ordre en 1312, elle passa aux Hospitaliers, puis fut annexée au XVIe siècle à l’hôpital de Malansac, dépendant de la commanderie de Carentoir. La chapelle abritait un fragment de la Vraie Croix, objet de pèlerinages et processions, jusqu’à sa disparition pendant la Révolution.
La chapelle présente un plan irrégulier en T, avec une nef flanquée d’un bas-côté nord et un transept asymétrique. Son architecture mêle des éléments romans (arcades en plein cintre, impostes) et des ajouts postérieurs, comme les baies flamboyantes ou le clocher trapu surmonté d’une flèche de charpente. Le XVIIe siècle marqua une phase majeure de remaniements, visible dans les niches du chœur, les arcades brisées de la chapelle nord (datée de 1612), et la tour-clocher portant l’inscription «1629». À l’intérieur, sept autels datant probablement du XIIIe siècle et des peintures murales fragmentaires rappellent son riche passé liturgique.
Classée Monument Historique en 1964, la chapelle conserve des éléments mobiliers remarquables, tels qu’un ciboire chrismatoire et une croix de procession du XVIIe siècle, ainsi qu’un calice du XVIIIe. Son chevet plat, épaulé de contreforts, et sa façade ouest ornée d’un portail en arc brisé et d’une fenêtre trilobée (XIVe siècle) illustrent les strates successives de son histoire. Le site inclut aussi une croix monolithe du XIVe siècle et un polissoir néolithique réemployé dans les fondations, témoignant de son ancrage profond dans le territoire.
L’histoire de la chapelle est également liée à des figures comme les commandeurs hospitaliers Jean Pelletier (XVIe siècle), Gilles du Buisson et Charles Laurencin (XVIIe siècle), qui en firent des descriptions détaillées dans des déclarations officielles. Ces textes évoquent ses sept autels, ses reliques (dont la croix d’argent contenant un fragment de la Vraie Croix), et son rôle central dans la vie religieuse locale, incluant des enterrements et des processions annuelles menées par les moines de l’abbaye de Prières. Les indulgences accordées par le pape Paul V en 1607 soulignent son importance spirituelle avant la Révolution.
Les transformations architecturales reflètent les évolutions liturgiques et sociales : la tribune en bois du XVIIIe siècle, remplaçant une structure plus ancienne, et les remaniements des chapelles latérales (notamment la chapelle nord, dotée d’une baie flamboyante) témoignent d’une adaptation continue. Les vitraux contemporains de Michel Gigon contrastent avec les éléments médiévaux, comme le bas-relief d’une femme en habit du bas Moyen Âge ornant un pilier. Ces superpositions font de la chapelle un palimpseste architectural, où chaque époque a laissé sa marque.
Malgré la disparition de ses reliques et de certains éléments mobiliers, la chapelle Saint-Jean-Baptiste de Lantierne reste un témoignage exceptionnel de l’histoire religieuse bretonne, des Templiers aux Hospitaliers, en passant par les pèlerinages médiévaux et les réaménagements modernes. Son classement et sa conservation permettent aujourd’hui d’étudier près de neuf siècles d’histoire locale, mêlant foi, pouvoir et artisanat.